Tapez pour chercher

sélectionhome

LIVRE: “Il y avait un homme près du cimetière” de Rhodes James

Partager

Si vous aviez été fils de bonne famille anglaise, inscrit au prestigieux collège d’Eton dans les années 1920, vous auriez eu l’occasion de croiser le principal, le sévère Montague Rhodes James. Médiéviste éminent, spécialiste d’archéologie, d’histoire anglaise, d’histoire biblique et de bibliophilie, ce puits de science était une sommité et une encyclopédie sur pattes, l’archétype du savant à l’ancienne, un homme de cabinet comme on n’en fait plus. Or, il se trouve que, à côté de ses recherches pointues sur l’apocalypse dans l’art ou l’architecture des abbayes anglaises, le bon Montague avait un péché mignon, apparemment moins sérieux : il adorait les histoires de fantômes et, dans le secret de son bureau, il écrivait lui-même des contes horrifiques à sa façon, un peu à l’écart de la tradition gothique anglaise, anticipant plus ou moins les fictions de H.P. Lovecraft. Ce dernier n’a pas caché son admiration, qui lui consacre un chapitre élogieux dans son essai Épouvante et surnaturel en littérature.

Joignant sa passion pour les vieux manuscrits à son inclination pour l’étrange et l’horreur, James avait mis au point un canevas narratif type, qu’il déclinait dans presque toutes ses nouvelles : le personnage principal est en général un célibataire érudit, homme de livres et de culture, amateur d’inscriptions latines et de grimoires ; un hasard de la vie le confronte à un mystère historique, au cœur d’un vieux bâtiment isolé – un château, une cathédrale – que l’auteur décrit avec force détails ; bientôt, un spectre apparaît… Récits-cadres, narrateurs qui en citent d’autres, recours à de vrais-faux documents : toutes les techniques classiques du genre fantastique sont mises à profit dans ces petits bijoux à l’ancienne, tous écrits entre 1904 et 1925, que le temps a recouverts d’une savoureuse patine. En dépit de leur célébrité dans le monde anglo-saxon, les textes de Montague Rhodes James n’avaient jamais été traduits en français. C’est désormais chose faite grâce à ce Il y avait un homme qui demeurait près du cimetière, dont le titre, en soi, est déjà un programme. Un second tome est prévu, pour le plus grand plaisir des amateurs. Faites attention en ouvrant ce livre, cet été: les fantômes cachés à l’intérieur ne demandent qu’à s’échapper.

Il y avait un homme qui demeurait près du cimetière de Montague Rhodes James, traduit de l’anglais (L’Éveilleur, coll. Étrange, 238 p.)

A lire aussi

BAUDELAIRE ET APOLLONIE de Céline Debayle (Arléa, 156 p.)

Demi-mondaine, peintre, Apollonie Sabatier fut surtout l’inspiratrice de dix poèmes des Fleurs du mal. Céline Debayle évoque l’amour que lui voua Charles Baudelaire, dans ce premier roman tout en taffetas et soieries, joliment tourné quoiqu’un peu surécrit.

JE VEUX RENTRER CHEZ MOI de Dominique Fabre (Stock, 152 p.)

Évoquant la figure d’un ami disparu, Richard, ancien instituteur accroc à la dope, Dominique Fabre compose une sorte de tombeau pour les années 1980 et médite sur le passage du temps. Sa petite musique joue à plein, en mode mineur. Poignant.

BAINS DE MER, BAINS DE RÊVE de Paul Morand (Robert Laffont, 1080 p.)

Globe-trotter impénitent, Paul Morand a couru le monde dans tous les sens, stylo à la main. Ce gros volume rassemble des récits célèbres, comme Rien que la terre, et toutes sortes de textes introuvables. Tout un monde, toute une époque, et un style inégalable.

Tags: