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L’album du mois: Ty Segall est de retour avec le fracassant « First Tate »

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Après deux albums en 2018, le prolifique Californien revient avec un First Taste gonflé à bloc d’électricité, de colère (politique ou introspective) et de recherches soniques. Dans le premier clip extrait de son nouvel album, «Taste», on voit Ty Segall assassiner un à un tous les membres de son groupe (sauf un), pour leur prendre leurs vêtements les plus scintillants, et finir par danser, seul au milieu de mannequins dénudés, paré d’un costume pailleté, parfaitement glam. «Our salivating makes it all taste worse» («Notre salivation donne à tout un goût encore pire»), chante-t-il sur sa danse victorieuse, pointant le dégoût qui succède fatalement à l’appétit, dans un monde où l’envie et le conformisme s’apparentent à du vampirisme. C’est tout le sel de ce First Taste nouveau que de mettre ses auditeurs face à leurs responsabilités, en tant que narrateurs de leurs propres prophéties, décideurs de leurs choix les plus écœurants. Ty Segall ne s’épargne pas, dans le fracas électrique, « I am a rabbit and I worship the dog» («Je suis un lapin et je vénère le chien»), se présentant en créature de Frankenstein, golem pétri de multiples glaises (John Lennon, T. Rex, Led Zeppelin, ses parents ici) et de culpabilité.

Celle-ci appelle à la rédemption, et l’album manie cette ambivalence, comme son titre: «L’avant-goût [«First taste», ndlr] a plusieurs sens, répond-il par mail : Péché, renaissance, enfance, curiosité, début d’une fin… J’aime beaucoup les paroles, les titres de chansons et les noms d’albums qui sont difficiles à interpréter. Les chansons sont parfois politiques, mais pas toujours. Elles peuvent être à textes, parfois juste sonores. » Et First Taste est spécialement sonore (de la fuzz partout), très chargé musicalement (on y entend koto, flûte à bec, bouzouki, mandoline, cuivres…), usant particulièrement de la stéréo, avec deux batteries (Ty Segall sur le haut-parleur gauche, Charles Moothart sur le kit côté droit), heavy, en un mot. Tout cela laisse peu de place au silence, comme le reflet d’un monde saturé de bruit, d’informations, de messages. «Le seul message que j’ai délibérément voulu diffuser, c’est l’intensité, et un léger stress. Je ne voulais pas faire un disque “sympa”. » Dans cette surcharge sonore, la voix de Ty Segall, toujours tendue et vibrante, au risque de casser, est un formidable fil d’Ariane vers une nouvelle saveur.

«First Taste» (Drag City), sortie le 2 août
Image: © DENÉE SEGALL

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