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Critique: « Le Fils »

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En 2013, le cinéaste Alexander Abaturov a perdu son cousin Dima, une jeune recrue d’une unité d’élite de l’armée russe décédée lors d’une opération antiterroriste au Caucase du Nord. Ce traumatisme a poussé Abaturov à réaliser ce beau documentaire crépusculaire. Habité par la présence fantomatique du défunt, le film met en parallèle deux deuils : celui des anciens camarades de Dima, qui poursuivent leur enseignement militaire et évacuent ce souvenir douloureux, et celui de ses parents, pour qui le temps s’est suspendu.

En alternant séquences musclées auprès des militaires aux crânes rasés et lents adieux familiaux, le film révèle à quel point le mythe du soldat sacrificiel est profondément ancré dans la culture russe. Mais alors que, pour maintenir sa cohésion, l’armée supprime toute trace d’individualité, les parents font tout pour la faire renaître. Dans une scène touchante, ces derniers corrigent oralement le travail d’un sculpteur façonnant une statue à l’effigie de leur fils : il faut mouler le nez différemment, creuser plus profondément au niveau de l’œil gauche. Voilà au moins l’histoire et le visage du grand absent gravé dans la pellicule.

Le Fils, d’Alexander Abaturov, Nour Films (1h11), sortie le 29 mai.

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