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Il y a 10 mois :

Derniers jours pour découvrir la double rétrospective que le Centre Pompidou consacre aux cinéastes allemands Christian Petzold et Harun Farocki (ce dernier est décédé en 2014). Amis et collègues, les deux artistes ont non seulement collaboré pas mal de fois ensemble (ils ont co-écrit les films de Petzold Contrôle d’identité, Phoenix, Barbara…), mais ont également partagé une certaine vision du cinéma hantée par les fantômes de l’histoire allemande. On a posé trois questions à Petzold sur sa relation avec son mentor.

Harun Farocki a été votre professeur à l’école de cinéma de Berlin avant de collaborer avec vous sur vos scénarios. Comment en êtes-vous venus à travailler ensemble ?
Ça a été mon prof mais, surtout, on était dans la même équipe de foot ! Deux fois par semaine, on prenait des douches ensemble. C’est souvent comme ça que naissent les grandes amitiés… En vrai, je lui ai fait lire un scénario. J’avais très peur parce que c’est un très grand auteur et la façon dont il travaillait le rythme des dialogues m’impressionnait. De ce point de vue, il m’a tout appris. Quand on écrivait ensemble, il jouait à voix haute tous les personnages, il faisait tous les gestes, c’était très étonnant.

Il était surtout votre collaborateur sur les scénarios, mais intervenait-il aussi au moment du tournage ?
Oui, parfois. Il avait l’image d’un théoricien un peu austère mais moi je ne le voyais pas du tout comme ça. Une fois, Harun nous a rendu visite sur le tournage de Phoenix. Il n’avait pas l’habitude de ce genre d’ambiance collective : être en présence de plus de trois personnes pouvait le rendre très nerveux. Il est venu alors qu’on tournait la séquence dans laquelle Nelly (Nina Hoss, ndlr.) embrasse son mari pour la première fois depuis son retour. Harun prenait part à la mise en scène et il se projetait tellement dans les personnages qu’à un moment où Nina a perdu l’équilibre, il l’a perdu aussi.

L’École de Berlin est non seulement une institution où a enseigné Farocki mais, au début des années 2000, certains critiques y voyaient également un mouvement de réalisateurs lié à votre génération ? Vous sentiez-vous partie intégrante d’un groupe ?
Pas tellement. En fait, les journalistes ont commencé à parler de l’Ecole de Berlin juste après mon film Dangereuses rencontres, celui d’Angela Shanelec intitulé Mein Langsames Leben et Der Shöne Tag de Thomas Arslan. Les trois films avaient un point commun : un personnage de femme traverse une ville (Stuttgart dans le mien, Berlin dans les deux autres longs métrages.) Les critiques y ont vu une métaphore du cinéma allemand des années 2000 : après les années 1990 pendant lesquelles l’Allemagne a proposé un cinéma d’intérieur, assez figé, les réalisateurs de notre génération ont voulu arpenter de nouveaux territoires cinématographiques, s’identifier à de nouvelles références, souvent françaises : Jacques Rivette, Philippe Garrel… Tout cela est vrai, mais nous gardons chacun notre singularité.

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