Tu as toujours voulu être styliste ?
Non, pas du tout ! J’ai grandi entourée de pots de teinture, dans une maison où mes parents fabriquaient des jupons en gaz à pansement qu’ils teignaient artisanalement et qu’ils séchaient au soleil de Marseille, la ville où nous habitions. Mes parents travaillaient beaucoup, j’avais le sentiment de ne jamais les voir, et je ne voulais absolument pas faire ce métier qui me semblait très éprouvant.

Pour finir, tu es quand même devenue styliste…
La société de mes parents a fermé et je me suis installée à Paris avec mon père dans une chambre sous les toits. Je voulais faire du théâtre, je me suis inscrite au cours Florent, mais je trouvais que mon père avait tellement de talent que je l’ai aidé à remonter une société et à vendre ses jupons. Il est ensuite tombé très malade. À sa disparition, j’ai voulu continuer son histoire et j’ai repris sa marque, « Les Prairies de Paris », pour créer mes propres vêtements.

Mais tu avais une formation de comédienne, pas de styliste ?
J’ai tout appris en allant dans les ateliers, en discutant avec les gens. J’étais très curieuse, mais je ne savais pas dessiner avec un crayon, seulement avec mes mots. J’ai fait appel à une modéliste à qui j’expliquais ce que je voulais et qui dessinait les vêtements que j’avais imaginés.

Concrètement, comment tu travailles ?
Ce qu’il y a de plus important pour moi, ce sont les couleurs et la matière, ce qui sera le socle du vêtement. Mais, parfois, je crée le modèle sans avoir le tissu. Comme je n’ai pas fait d’école, je n’ai pas de méthode prédéfinie.

Qu’est ce qui t’inspire ?

Je me balade, je vais voir des expos, j’observe les gens. Le cinéma, c’est aussi très important pour moi : Jean-Luc Godard, pour les couleurs dans ses films comme Pierrot le fou et Le Mépris ; Jacques Tati, pour la géométrie ; et bien sûr Jacques Demy, pour la joie de vivre et la musique de Michel Legrand.

Tu t’intéresses beaucoup au cinéma !
J’adorerais dessiner les costumes d’une comédie musicale ; idéalement pour Wes Anderson, le réalisateur de Fantastic Mr. Fox et de The Grand Budapest Hotel. Le rêve !

LE DEBRIEF

Anna Mei a rencontré Laetitia Ivanez, styliste de la marque Les Prairies de Paris, et fraîchement nommée directrice artistique des collections femme des Galeries Lafayette. « J’ai interviewé Laetitia chez elle, c’est là qu’elle imagine la plupart du temps ses vêtements. Moi, j’étudie la photo au lycée, j’aime faire des portraits, mais la photo de mode m’intéresse aussi. Laetitia m’a raconté beaucoup de choses, elle s’est confiée et ça m’a vraiment touchée. Son parcours et sa gaieté m’ont encouragée à chercher ma propre voie. »