« Les créateurs de Ma vie de Courgette ont fabriqué leur film en pâte à modeler avec un style “comme si c’était mal fait”. L’herbe, par exemple, c’est comme des gros morceaux de plastique. Et il y a plein d’autres choses bizarres : Courgette a les cheveux bleus ; ses yeux sont entourés d’un tube gris ; et puis, à moins d’être enrhumé tout le temps, c’est pas possible d’avoir le nez rouge comme les personnages. Le style pas réaliste de Ma vie de Courgette, c’est comme si les créateurs du film nous disaient sans nous parler : “Faites attention les enfants ! C’est pas parce qu’on est dans un orphelinat qu’on est aussi heureux que Courgette et ses copains.” Parce que je pense que les enfants dans les orphelinats sont plus tristes que les personnages du film. En tout cas, je trouve que c’est bien que l’on parle d’eux dans un film. Déjà, je pense que ça leur fait plaisir, et puis c’est comme de raconter un cauchemar : après avoir fait le pire cauchemar de ma vie, je l’ai raconté, et je me sentais mieux après. Ma vie de Courgette, c’est un peu pareil. »

LE PETIT AVIS DU GRAND

Ma vie de Courgette tient du pari impossible : faire un film destiné (aussi) aux enfants et relatant, sans fard, le quotidien d’un jeune orphelin dans un foyer. L’écriture, jamais condescendante (Céline Sciamma au scénario), évite au film de sombrer dans le mélodrame. La finesse de l’animation contribue à construire des personnages émouvants, et le choix de l’image par image place une distance poétique vis-à-vis de la dure réalité du récit. Prototype culotté, Ma vie de Courgette est surtout un projet d’une cohérence imparable.


« Ma vie de Courgette »
de Claude Barras
Gebeka Films (1 h 06)
Sortie le 19 octobre
Dès 6 ans