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SON: « Wheeltappers and Shunters » de Clinic

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C’est  la blague du groupe qui sort le même disque depuis vingt ans. Celle que les fans de Clinic adorent raconter, non par masochisme, mais comme un compliment masqué, pour dire que le quartet de Liverpool n’a jamais dévié de sa ligne esthétique, identifiable en une fraction de seconde. Une blague que le chanteur Adrian Blackburn connaît par cœur. «C’est vrai qu’on me le dit souvent. Au lieu de m’en offusquer, j’en tire une certaine fierté. Il existe tant de groupes dont le style n’est pas original… Dès le début, on a choisi de suivre notre instinct plutôt que l’air du temps. C’est un signe de confiance en soi.»

En matière de reconnaissance, ce bel état d’esprit n’a pourtant pas joué en faveur du groupe, resté bloqué en deuxième division tandis que d’autres prenaient le contrôle de son terrain. À la fin des années 1990, sa pop répétitive et menaçante, filant tous phares éteints dans un tunnel de réverbération, n’avait pas d’équivalent. C’était avant le retour en grâce des synthés analogiques, avant que le krautrock ne devienne un gimmick et que  les groupes garage ne dépassent en nombre leurs ancêtres. Le monde a rattrapé Clinic, mais Clinic est resté inchangé. Tout juste  a-t-il perdu de sa puissance énigmatique – les costumes de chirurgiens ne font plus trop froid dans le dos.

Copyright Rhian Askins

Wheeltappers and Shunter remet donc à nouveau les meubles en place, avec un léger supplément de satire (le titre fait référence à une émission ringarde des années 1970) et de décontraction (Blackburn ne cherche plus à forcer sa voix enrhumée). «Quand on s’enferme en studio, c’est comme si le temps s’arrêtait. Plus rien ne compte à part la concentration qui nous unit et produit ce son spécifique. L’entité Clinic a toujours dépassé la somme de ses parties.» Avec ce huitième album, l’habitué pourra réchauffer sa blague tandis que le novice découvrira une écriture unique, bourrée de mélodies scintillantes, mais comme rongée de l’intérieur par l’humidité et la torpeur. Des mélodies qui, dès qu’elles pénètrent les oreilles de l’auditeur, deviennent par lui identifiable en une fraction de seconde.

SI TON ALBUM ÉTAIT UN FILM ?

« Peut-être Tombe les filles et tais-toi, un film de Herbert Ross, scénarisé et interprété par Woody Allen en 1972. Je me suis toujours retrouvé dans Woody Allen, car c’est son désespoir qui le rend aussi drôle. Tombe les filles et tais-toi reste mon préféré dans sa première période, un sommet d’humour noir et grinçant. J’espère que cette dimension est perceptible dans notre musique, même pour un public non anglophone. Ce serait dommage de nous prendre trop au sérieux. »

« Wheeltappers and Shunters » (Domino), sortie le 10 mai.

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