Retour en 2013. La promotion de L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie est chahutée au moment où les affiches du film sont placardées dans toute la France. Le motif ? L’affiche du long-métrage, où l’on voit, à l’arrière-plan, dans une petite parcelle du dessin, un homme administrer une fellation à un autre. Le coupable ? Tom de Pékin, artiste, illustrateur et réalisateur français, autrefois éditeur pour les Editions des 4 Mers (1994-2002). À Versailles et à Saint-Cloud, des responsables politiques n'avaient pas hésité à retirer les affiches, considérant qu'il y avait là une atteinte aux bonnes mœurs. Et pourquoi pas, après tout, attaquer, de front, les tabous ?


Artiste iconoclaste, Tom de Pékin a justement choisi comme discipline le détournement des icônes, des symboles, des références communes, en les déplaçant souvent dans un univers homo-érotique. Il manie les techniques du sample, du remix d’images numériques aussi bien que le crayon gris, le crayon de couleurs, la gouache ou l’acrylique pour les travaux plastiques. « Lorsqu’au tout début des années 2000, je reprends une pratique artistique plus en rapport avec ma vie intime et quotidienne, vingt années Sida sont passées par là, créant un vide énorme dans la communauté artistique. J’ai l’étrange impression qu’il est important de retrouver une place pour affirmer ses différences », nous a-t-il confié avant de commenter ses œuvres, qu’il revendique comme le résultat d’une libération personnelle.

question 2.Poussinade dessin réalisé au Louvres

Poussinade, dessin réalisé au Louvre

« J’ai une forte attirance pour les peintures de paysage du XVIIe siècle  – Nicolas Poussin, Gaspard Dughet, Claude Gellée, Jacob Van Ruisdael-, que je vais dessiner sur place au Louvre le soir des nocturnes en suivant un rituel créatif très précis. J’ai compris grâce à ces peintres qu’une œuvre picturale est réussie si elle a la générosité de me proposer un endroit, un coin précieux où je peux imaginer faire des rencontres sexuelles, derrière un rocher, dans un pré, au bord d’un lac, au creux d’une forêt. »

 

question 4.Volcanus

Volcanus

« Comme quand je travaillais dans l’édition, j’aime toujours explorer le rapport texte/image. L’image érotisée propose une nouvelle interprétation du texte, entre provocation pornographique et poésie. » 

 

Tom-de-Pekin-6

Affiche de L’Inconnu du lac (2013) d’Alain Guiraudie

« Cela n’a échappé à personne que rien n’était vraiment scandaleux ou provoquant dans cette affiche ! Dois-je rappeler que l’on était en France, en 2013 ? Des mouvements radicaux et intolérants ont décidé de s’acharner sur cette image, en l’instrumentalisant dans le but de rebondir sur l’opposition à la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de mêmes sexes, adoptée à l’Assemblée Nationale deux mois plus tôt. Ce changement « sociétal » leur fait horreur. Que leur stupidité soit remerciée, elle a plutôt servi le film d’Alain Guiraudie en lui offrant une meilleure visibilité. »

 

question 6. FilmHaldernablou

Extrait d’Haldernablou 

« Mes courts-métrages, que je réalise depuis 2002, sont un prolongement de mon travail graphique dans un milieu différent, qu’il s’agisse d’un film d’animation ou d’un film avec des artistes vivants. À la fin des années 2010, la journaliste Hélène Hazera m’a suggéré d’illustrer la pièce Haldernablou d’Alfred Jarry (1894), l’une des premières ouvertement homo. Le texte est lu, chanté, joué, dansé, différentes voix se répondent, entre mystère et confusion des genres. Des actions performatives et des expositions autour du projet viennent se greffer à la diffusion des films. Ce qui me rapproche de la construction de ce très beau texte obscur, c’est la pratique du collage qu’utilise Alfred Jarry, qui démultiplie le sens du texte. Les références sont diverses, les émotions, les sentiments cachés, trouvent ainsi un véritable espace de liberté. Pour moi, c’est une action militante.  »


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