Le premier temps fort de la saison Japonismes 2018, qui célèbre jusqu’en février prochain le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France, a démarré hier avec la gigantesque installation interactive poético-écolo du collectif japonais teamLab sur les 2000 m2 la Grande Halle de la Villette. Veinards que nous sommes, on en a eu un avant-goût en visitant fin avril (avant son ouverture en juin prochain) le Mori Building Digital Art Museum à Tokyo, un délirant bâtiment de 10 000m2 dans lequel poussent des fleurs numériques et dansent des chimères.


Walk, Walk, Walk Search, Deviate, Reunite © teamLab (3)

Walk, Walk, Walk Search, Deviate, Reunite © teamLab

Dans ce dédale de pièces à géométrie variable, les œuvres virtuelles, comme des nuées de fleurs colorées, s’étalent sur toutes les surfaces visibles (murs, sol, plafond, buttes artificielles) et évoluent en fonction du temps (la végétation naît, pousse, fane puis renaît en quelques dizaines de minutes) et de l’interaction du visiteur avec elles (s’il se trouve devant une cascade, l’eau numérique se met à couler autour de lui). Elles peuvent aussi passer d’une pièce à l’autre (si l’eau est « retenue » par un visiteur dans une pièce, elle ne coulera plus à l’étage inférieur), le tout formant une vaste reproduction d’écosystème vouée à modifier le rapport entre l’humain et la technologie.

Car ici, il n’y a rien à gagner ni rien à perdre. L’enjeu est purement sensoriel, quasi métaphysique. Plutôt que de s’immerger dans un jeu vidéo ou un film comme le propose la VR, on entre ici dans une toile mouvante aux vertus apaisantes, où il s’agit de méditer sur son harmonie avec la technologie mais aussi la nature. D’emblée fascinante visuellement, l’expérience révèle sa dimension poétique, mais aussi un poil militante, si l’on reste un moment dans chaque espace.

Peace can be Realized Even without Order © teamLab

Peace can be Realized Even without Order © teamLab

Dans l’une des installations, le spectateur déambule à travers des silhouettes d’êtres chimériques mi-humains, mi-animaux, qui dansent et forment un grand orchestre en jouant chacun d’un instrument. Si l’on s’approche de l’un, il nous scrute et stoppe sa mélodie, ce qui perturbe le reste de ses congénères. L’harmonie ne reviendra qu’au bout de quelques minutes. Dans une autre pièce (voir plus haut), toucher les parterres de fleurs au mur et au sol accélère leur fanaison. Outre leurs aspects ludiques et féériques, les installations de teamLab soulignent, tout en douceur, le désordre que peut provoquer l’être humain dans l’écosystème – matériel, celui-là.


: « teamLab. Au-delà des limites »
jusqu’au 9 septembre à la Grande Halle de la Villette


Crédit photo : Crows are Chased and the Chasing Crows are Destined to be Chased as well Transcending Space © teamLab