Pas facile d’étiqueter le style du trio féminin KING, sans perdre au passage ce qui fait le charme rétrofuturiste de leur délicieux premier album. Révélation.


Il y a quelque chose de l’ordre du conte de fées dans la musique de KING. Le Fantasia de Disney les a d’ailleurs ensorcelées. « La musique s’associait superbement aux images, sans dialogue, se souvient Amber Strother. Ça nous a ouvert l’esprit ! » Avant de former un trio avec sa sœur jumelle, Paris, et la chanteuse Anita Bias, elle gagnait sa vie en tant que manucure dans un spa, à Minneapolis. En 2011, son déménagement à Los Angeles pour rejoindre ses deux acolytes lui a inspiré l’écriture de « The Story », la première chanson du groupe. Les trois filles y développent un son luxuriant mi-­synthétique mi-­organique d’une douceur apaisante. Il y est question de « prendre un train […] pour atteindre le vaisseau-­mère ». C’est que le trio propose un voyage, un trip cosmique, mystique, hédoniste, au cours duquel les mots les plus utilisés sont « magie », « amour », « rêve », « nuage », « cœur », « étoile », et bien sûr « âme ». Car si la gangue vaporeuse a un goût dream-pop, nous sommes aussi en terrain soul ; une soul moderne, rétrofuturiste, qui doit autant au Stevie Wonder des années 1970 qu’à la science-fiction et à Nintendo. Paris, l’architecte du son du groupe (elle a produit tout l’album), avoue être accro aux jeux vidéo vintage. « J’adore les musiques de Super Mario composées par Kōji Kondō. Elles paraissent simples, mais tu peux les réécouter des milliers de fois sans te lasser. » Exactement comme les paysages sonores tout en rondeur de KING, qui déploient progressivement la sophistication de leurs strates géologiques. « Si notre album était un film, poursuit Paris, le décor de départ serait les collines ensoleillées de la baie de San Francisco ou les lacs de Minneapolis, puis on se déplacerait sur Jupiter. Les gens s’y rendraient dans un colossal vaisseau spatial noir, avec des intérieurs en velours violet. Ce serait à la fois de la science-­fiction, de la blaxploitation et un thriller Nouvelle Vague. » Derrière la caméra ? « Quentin Tarantino… ou François Truffaut ! Vous ne vous êtes jamais senti aussi bien que devant ce film… » Embarquement immédiat.


We Are KING de KING
(KING Creative/La Baleine)
Disponible