Un vent de révolution souffle sur le jazz britannique. Ces dernières années, une assemblée de jeunes artistes s’est attachée à décloisonner le genre en le confrontant aux musiques actuelles.


Jusqu’à voir émerger une figure rassembleuse, celle du saxophoniste Shabaka Hutchings. Londonien d’origine barbadienne, il a déjà imposé sa vision panoramique avec le groupe Sons of Kemet (de La Nouvelle-Orléans aux Caraïbes en passant par l’Éthiopie), embrassé les dernières innovations électroniques avec The Comet Is Coming, et même ravivé l’esprit de la no-wave avec Melt Yourself Down. « Notre génération n’a pas peur de mélanger le jazz avec d’autres genres, là où la précédente s’inscrivait avant tout dans la tradition, avec le swing comme dénominateur commun. Plutôt que de chercher à prouver notre maîtrise des classiques, nous jouons la musique que nous aimons. » Derrière cette déclaration d’indépendance, il y a la volonté de casser les échelles de valeur pour toucher le public au-delà de l’habituel (et vieillissant) parterre d’initiés. Wisdom of Elders s’apprécie ainsi comme une suite de chansons aux contours mouvants, étirées et profondes, à l’image de l’introductif « Mzwandile » et de sa ligne de contrebasse que l’on ne peut s’empêcher de fredonner. « Quand je compose, j’entends une mélodie dans ma tête et j’essaye de la coucher sur le papier. Je ne me demande pas ce qui serait juste d’un point de vue technique. Mon mot d’ordre est la clarté, il faut que ça produise un effet immédiat. » Enregistré en Afrique du Sud avec six musiciens du cru, il offre à l’afro-jazz un nouveau souffle, personnel et décomplexé. Une répétition, un concert et une journée de studio ont suffi pour « capturer cette expression spontanée » (chaque titre est enregistré en première prise), à laquelle une production sophistiquée offre une brillance aussi contemporaine qu’intemporelle. Ne reste qu’à lui souhaiter un destin à la Kamasi Washington, son cousin d’Amérique : réaliser le grand hold-up jazz de l’année.

SI TON ALBUM ÉTAIT UN FILM ?

« Le premier titre de film qui me vient à l’esprit, c’est Entretien avec un vampire de Neil Jordan [1994, avec Brad Pitt et Tom Cruise, ndlr]. C’était mon film préféré quand j’étais jeune. J’aime toujours beaucoup sa noirceur et son atmosphère gothique. Peut-être a-t-il influencé souterrainement ma manière de jouer du saxophone, mais j’ignore si on peut le percevoir en écoutant cet album… Tant pis, je vais rester sur ce choix étrange. »


« Wisdom of Elders » (Brownswood Recordings)
En concert le 28 mars 2017 à La Maroquinerie