De l’Ohio à la Californie, le destin d’une famille américaine, au début du xixe siècle. Tracy Chevalier signe une belle saga sur l’esprit pionnier, la nature et… les pommes.


On croit toujours que les arbres sont immobiles. Rien n’est plus faux. Ils voyagent, comme tout le monde ; simplement, il faut les aider. Prenez William Lobb : ce célèbre herboriste a fait traverser l’Atlantique à des centaines de plants de séquoias, pour orner les parcs des grandes demeures britanniques. Dans l’autre sens, un certain John Chapman a introduit nombre de variétés anglaises de pommes aux États-Unis au xixe siècle, au point que les Américains lui ont donné le surnom de Johnny Appleseed et ont fait de lui une légende nationale. On croise souvent ces deux personnages dans À l’orée du verger, le nouveau roman de Tracy Chevalier. Reprenant le décor historique de son précédent livre, La Dernière Fugitive (l’Amérique des origines, les terres vierges et les grands espaces), l’écrivaine vedette de La Jeune Fille à la perle (trois millions d’exemplaires vendus, un film, une adaptation au théâtre) y raconte la saga des Goodenough, une famille de cultivateurs pauvres installés vers 1830 dans l’Ohio. Leur trésor ? Une cinquantaine de petits pommiers auxquels James, le père, tient comme à la prunelle de ses yeux. Pour l’heure, cet humble verger ne leur rapporte pas grand-chose. Sadie, sa femme, désespère qu’ils s’enrichissent un jour et déteste de plus en plus son mari et ses fichus pommiers. Leur histoire s’achèvera tragiquement, obligeant le petit Robert, leur fils, à tenter seul sa chance sur les routes… À partir d’un prétexte pour le moins original (la culture maraîchère), Tracy Chevalier mélange le roman historique, le nature writing et la saga familiale, dans un style efficace, net et sans fioritures. Bruts de décoffrage, entêtés et attachants, ses personnages rappellent un peu les grands héros guignards de Wallace Stegner, le célèbre auteur de La Bonne Grosse Montagne en sucre. À travers les destins du père et du fils, l’un qui échoue tragiquement, l’autre qui prend sa vie en main en voyageant vers la Californie, « l’endroit où vont les gens quand ils veulent repartir de zéro », Chevalier montre tous les paradoxes de l’Amérique, terre promise à la fois dure et généreuse, pleine de trésors et de grandes déconvenues. Avec son patchwork d’histoires individuelles, ses voix entremêlées et sa construction sophistiquée, À l’orée du verger est un western familial âpre et captivant, dans la tradition des grands récits de pionniers.


À l’orée du verger de Tracy Chevalier,
traduit de l’anglais (États-Unis)
par Anouk Neuhoff (Quai Voltaire)