The Coral fait partie des rares survivants du revival garage rock démarré en grande pompe il y a quinze ans. Sur Distance Inbetween, leur septième album, les cinq Anglais livrent une partition énergique, brute, teintée de krautrock et à la spontanéité live. Fidèles à eux-mêmes.


Tout a commencé par des jam-sessions entre lycéens boutonneux. Ça se passait en 1996, à Hoylake, une petite ville paisible proche de Liverpool. C’est là, face à la mer d’Irlande, que s’amorçait le fameux revival des groupes à guitares des années 2000. D’autres mèches rock ’n’ roll s’allumaient alors un peu partout. À New York débarquait le phénomène The Strokes, tandis que les Suédois de The Hives alignaient les singles ravageurs. Côté britannique, The Libertines n’allaient pas tarder à exploser. Aujourd’hui, cette déferlante en « The » paraît déjà lointaine. Pourtant, malgré l’essoufflement de cette génération, The Coral garde le cap. Modestement mais vaillamment. Désormais trentenaires, ils sortent leur septième album, roboratif train fantôme dont l’onirisme tortueux à la David Lynch se nourrit de rythmiques hypnotiques héritées du kraut­rock. Le son psyché sixties est plus rêche, spontané et minimaliste que d’habitude. Idéal pour l’énergie du live. Mais à part ces quelques retouches, rien – ou presque – ne semble avoir changé pour les garçons du Merseyside : toujours les mêmes dégaines de lads amateurs de comics intelligents (Alan Moore), de vieux films fantastiques en animation en volume (Jason et les Argonautes de Ray Harryhausen) et de playlists pointues (sur cassettes) ; toujours le même accent scouse, difficilement déchiffrable pour qui est né à plus de cinquante miles de Liverpool.

PAS DE VAGUES

Bien sûr, il y a eu quelques épreuves à surmonter, comme trouver un guitariste après le départ de Bill Ryder-Jones en 2008 (aujourd’hui remplacé par Paul Molloy), ou faire le deuil en 2014 de leur mentor Alan Wills, alors que le groupe se trouvait en pleine panne d’inspiration depuis 2010. « On avait tous besoin d’un break », confie le claviériste Nick Power. « C’est comme au football, ajoute le chanteur James Skelly, en bon supporter du Liverpool FC. Parfois, il faut faire tourner l’équipe. C’était surtout de la fatigue mentale, à force d’enchaîner les tournées. Cet album, on a essayé de le faire il y a cinq ans, mais on a préféré s’arrêter pour se remettre à vivre. Du coup, pendant l’hiatus, on a tous fait des trucs différents : Nick a sorti un bouquin de poésie, Ian a formé un groupe en parallèle avec Paul, j’ai fait un album avec The Intenders et produit une B.O. de film animé. » Bref, pas de shooting publicitaire, ni de mariage médiatisé ou de cure de désintox à l’horizon ; seulement la période de jachère nécessaire à un groupe « normal ». Le quintet semble en effet avoir érigé en dogme l’absence de vagues – ce qui ne manque pas de sel, venant de musiciens dont les textes sont obsédés par la mer. D’où, sans doute, leur belle longévité. « J’ai toujours voulu avoir une longue “carrière” dans la musique, même si le mot ne me plaît pas des masses, confie Nick, avec sérieux. Mes groupes préférés ont sorti des dizaines d’albums. Je voulais suivre les traces de Pink Floyd, des Rolling Stones, de Can, des Beatles… » James le coupe : « Mais le truc, en réalité, c’est qu’on ne sait rien faire d’autre ! Pourquoi crois-tu que les paparazzis ne nous prennent pas en photo dans des soirées, en pleine débauche sex & drugs & rock ’n’ roll ? Parce qu’on n’est jamais invités ! » Pas grave. « On a nos propres fêtes », ajoute le chanteur, le regard malicieux.


Distance Inbetween de the Coral
(Ignition Records/[PIAS])
Sortie le 4 mars