Quand on a rendu visite à la DJette, moitié des groupes « Sexy Sushi » et «  Mansfield.TYA », c’était en juillet, juste avant son show au festival Loud & Proud. Après avoir monté les innombrables marches de la Gaîté Lyrique, on l’avait retrouvée à sa loge, sirotant sa bouteille de 33cl de Heineken en toute détente. Sur scène, en revanche, c’est une autre personne : à base de kicks et de textes trashs, elle enflamme le public. Du coup, on s’est demandé quels étaient ses goûts en matière de ciné et on lui a soumis notre questionnaire cinéphile. Et si vous n'étiez pas à la Gaîté cet été, don't worry, elle remonte sur scène ce vendredi à la Station - Gare des Mines.


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Tes trois films préférés. 
La Chamade (1968) d’Alain Cavalier, Nymphomaniac (2013) de Lars Von Trier et puis Amour (2012) de Michael Haneke. Là-dedans, il y a un film d’amour, c’est le film de Cavalier ; un film sur la mort qui est celui de Haneke ; et puis Nymphomaniac, bah, c’est un film de cul quoi ! Comme ça, il y a mes trois grandes obsessions réunies : l’amour, la mort, le sexe. C’est dommage que vous n’en ayez pas quatre, j’aurais rajouté la drogue… Même s’il n’y a pas tellement de bons films sur la drogue, en y réfléchissant bien.

Trois personnages de fiction qui te correspondent.
Loulou (1980), le héros de Maurice Pialat. Depardieu joue un petit loubard minable qui roule en mobylette et passe toutes ses soirées accoudé au bar. En même temps, il incarne vraiment le refus du système, il est entier, sans filtre : il est vrai dans son amour pour Huppert [qui joue Nelly dans le film, ndlr]. La princesse dans Orphée (1950) de Cocteau, jouée par Maria Casarès qui, soit dit en passant, est juste sublime dans ce rôle de femme qui pénètre le monde des morts. C’est mystique, c’est une sorte de miroir intime, aussi. Puis, le visiteur dans Théorème (1968) de Pasolini. Bon, des Pasolini, je n’en materais pas tous les jours, mais il a ce courage d’aller à fond dans les vices.

Trois films de pétasse que tu trouves vraiment classes.
Boulevard de la mort (2007) de Quentin Tarantino, avec son gang de meufs qui me rappelle celui que j’avais créé. On se sentait surpuissantes, on se tapait, on organisait des soirées… On était de sacrées pétasses. Priscilla, folle du désert (1995) de Stephan Elliott : ça, pour moi, c’est le master pétasse ! Je vais citer un Cocteau pour finir : La Belle et la Bête (1946).

Trois looks de personnages qui t’ont tapé dans l’œil.
Le look de Bruce Lee, direct. Il est en costume de combat, avec sa salopette jaune qui est ouf. Quand il est en costard, il est super beau. C’est toujours très ajusté. Un peu comme Jean-Pierre Léaud avec ses bottines, ses pantalons un peu serrés. J’aime pas du tout les looks de hippies. Les pattes d’éléphant, c’est dégueulasse. Là c’est sobre, c’est un peu toujours pareil. Madonna dans Recherche Susan désespérément (1985) de Susan Sedeilman. Depuis toute jeune, je kiffe le côté destroy de ce look.  Pour moi, c’est un peu la première image de punk, de grunge. Je te rassure, j’ai affiné mes goûts en la matière.

Trois B.O. obsédantes.
C’est difficile d’en choisir seulement trois ! La B.O de Shining (1980), parce qu’elle est incontournable et terriblement angoissante. Sinon, j’adore entendre du Rammstein dans Nymphomaniac. Il y a aussi une sonate très courte de Bach dans le film. Ma prononciation laisse à désirer mais ça s’appelle [elle lit ses notes avec un accent allemand] Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ. Je chiale à chaque fois que je l’entends dans le film. Et puis la musique de l’épisode « Men Against Fire » dans Black Mirror, une musique assez proche de ce que peut faire John Carpenter. C’est un format musical très peu courant, il n’y a pas de ritournelle, la tessiture évolue.

Tes trois films de jeunesse.
Indiana Jones, James Bond et Bruce Lee. Je sais que Bruce Lee n’est pas un film, mais il m’a tellement fait aimer les films de fight ! Il est important pour moi. Je suis fan de sa manière de surjouer. Les deux autres m’ont donné le goût de la liberté. C’est marrant parce que, récemment, je suis allée voir mes parents et j’ai retrouvé un cahier avec des collages de James Bond et Indiana Jones. La preuve que la passion remonte à longtemps.

Tes trois acteurs ou actrices préféré(e)s.
Catherine Deneuve et Isabelle Huppert, je n’ai même pas besoin de réfléchir. J’ai l’impression qu’elles ont atterri dans le cinéma sans le faire exprès. Et aussi Michael Lonsdale, pour sa voix. Je l’adore dans Une sale histoire (1977) de Jean Eustache, où il reste assis sur un canapé et raconte une histoire de voyeurisme. Il fait d’ailleurs beaucoup de livres audio, j’avais écouté celui d’Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche. Il m’endort régulièrement pour tout dire.

Tes trois scènes érotiques préférées.
Une scène dans 8 femmes (2002) avec Fanny Ardant et Catherine Deneuve. Là aussi, je trouve la voix de Fanny Ardant extrêmement envoûtante… Cate Blanchett et Rooney Mara dans Carol (2015). Je n’ai pas été complètement séduite par le film dans son ensemble mais la scène olé-olé m’a bien plu ! Le meilleur pour la fin : une scène intime de Mulholland Drive (2001) de Lynch, avec Naomi Watts et Laura Harring. C’est pur, c’est beau.

Trois films que tu vomis.
Numéro un, sans hésitation : Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (2014) Ce film, c’est de la beauferie raciste par excellence. J’ai juste eu envie de me tuer en le voyant. En deuxième, je propose Le Cœur des hommes (2003), un film très, mais alors TRÈS mauvais. Je sauve Darroussin, mais les autres acteurs touchent le fond. Suivre des quarantenaires qui trompent leurs femmes et qui n’ont rien à dire, non merci. C’est insipide. En dernier, je dirais Inception (2010) de Christopher Nolan. J’aime bien Nolan, mais alors l’histoire dans l’histoire dans l’histoire dans l’histoire et ainsi de suite à l’infini, c’est exagéré. On doit écrire un scénario et arrêter de faire illusion.  Il y a un moment où il faut dire stop !

Trois réalisateurs à qui tu donnerais l’autorisation de faire un biopic sur ta vie.
Jacques Audiard. J’admire sa filmographie. Il ferait un truc un peu triste et cynique, je pense. Ça m’irait bien. Lars Von Trier et Haneke, pour les mêmes raisons. Je leur fais confiance pour trouver un angle plus intéressant que la plupart des autres réalisateurs de biopics, qui travestissent souvent la réalité.


Queer Station #4 w/ Rebeka Warrior
Le 29 septembre à la Station Gare des Mines