Floride, 1943 : la tête du gangster Joe Coughlin est mise à prix… Un polar historique classieux signé Dennis Lehane, maître du genre.


À 50 ans tout juste, Dennis Lehane est une vedette du roman policier, notamment grâce aux adaptations cinématographiques de ses ouvrages qu’ont réalisées Clint Eastwood (Mystic River), Ben Affleck (Gone Baby Gone) et Martin Scorsese (Shutter Island). Des passages à l’écran qui ne doivent pas faire oublier qu’il est aussi un brillant inventeur de séries littéraires aux héros récurrents tels que Kenzie & Gennaro, un duo de détectives privés vivant à Boston, sa ville fétiche, ou Joe Coughlin, un mafieux irlandais dans l’Amérique de l’entre-deux-guerres. Après Un pays à l’aube (2008) et Ils vivent la nuit (2012), voici le troisième épisode de la série Coughlin, Ce monde disparu. Les Années folles et la prohibition sont révolues ; place à la Seconde Guerre mondiale, avec ses nouveaux enjeux pour la pègre. Retiré des affaires, Joe mène une vie tranquille dans sa Floride bien-aimée quand il apprend, par hasard, qu’il y aurait un contrat sur sa tête. Qui peut bien vouloir sa peau ? S’il était seul, il ignorerait la menace. Mais son fils Thomas est orphelin de mère ; pas question de le laisser grandir sans père. « T’as plus que ça en tête, pas vrai ? ricane son collègue Rico. La possibilité qu’il y ait un type embusqué quelque part, attendant tranquillement de t’avoir dans sa ligne de tir. » Joe n’a pas le choix : il doit remonter la piste, identifier le commanditaire, protéger Thomas… Impeccablement conduite, l’intrigue culmine dans les scènes de confrontation, grâce au talent de dialoguiste de Lehane. Surtout, Ce monde disparu montre comment la guerre, en diminuant les revenus de la mafia, transforme insidieusement sa place dans l’économie américaine, et comment la barbarie du conflit en Europe rejaillit sur les mœurs des jeunes générations mafieuses, libérées des codes d’honneur à l’ancienne… En dépit de ces bouleversements, une chose ne change pas : les affaires de voyous se règlent entre voyous, à la mitraillette, sans que les autorités interviennent. Comme chez Scorsese, le gangstérisme est un huis clos, presque une famille, qui lave son linge sale en secret. Un groupe d’hommes debout, au sein duquel chacun proclame, comme Joe : « J’adore ça, me réveiller tous les matins en cherchant de nouveaux moyens de baiser le système, ne jamais mettre un genou à terre devant personne, ne jamais accepter de rentrer dans le rang. On décide de notre façon de vivre, on établit nos règles, on se comporte en hommes. Ça me botte d’être un gangster, merde ! »


Ce monde disparu
de Dennis Lehane