On est allés le voir en concert et il chantait « Je m’ennuie / Je fais passer les heures / Je vais au cinéma / Voir des blockbusters . » Vu qu’il propose un style musical sombre et très imagé ou qu’il a bossé avec le cinéaste Yann Gonzalez pour son clip « Les Vacances continuent », on s’est dit qu’on allait faire passer notre questionnaire cinéphile à Perez. Il sera en concert ce samedi soir à la Java pour la soirée Trou aux biches. 


Tes trois films préférés ?
Une femme sous influence (1974) de John Cassavetes. La première fois que j’ai vu ce film, la performance de Gena Rowlands m’a vraiment bouleversé. Dans son jeu, elle opère une sorte de glissement imperceptible de l’excentricité vers la folie. Mulholland Drive (2001) de David Lynch. C’est assez bateau mais ce film a marqué ma génération. J’aime ce contraste entre un style à la limite du kitsch et des choses très angoissantes ou absurdes. Il y a un art du dosage, de l’agencement entre différents genres et registres de cinéma. Et pour le troisième je vais choisir un film de genre que j’adore, Les Yeux sans visage (1960) de Georges Franju. C’est un cas assez unique dans le cinéma français ; il n’y a pas vraiment d’héritier de Franju, qui créait des visions très puissantes. Je le rangerais dans les films d’atmosphère.

Décris-toi en trois personnages de fiction. 
Un musicien chez les Frères Coen. Inside Llewyn Lewis (2013) m’avait beaucoup touché : je me suis retrouvé dans pas mal de situations semblables à ce que vit le héros. Sinon, je dirais un personnage d’Apichatpong Weerasethakul qui contemple la nature et fait la sieste dans les arbres. Et puis un des gamins de La Nuit du Chasseur (1955) de Charles Laughton. Je suis assez attaché à la nuit et, quand j’étais enfant, je faisais pas mal d’insomnies, de terreurs nocturnes. Ce film, avec des gamins qui se font poursuivre, ça me parle.

Trois plans qui t’ont marqué ?
Il y en a un dans Rencontre au bout du monde (2007) de Werner Herzog. À un moment, il filme un attroupement de pingouins. Tout à coup, un des pingouins quitte le groupe et se met à marcher tout seul dans un désert de glace. Dans cette direction, il n’y a ni nourriture ni eau. Le zoologiste qui accompagne Herzog lui dit qu’il n’a aucune raison d’agir comme ça et qu’il est condamné. C’est une image tragique qui m’obsède. Pour la deuxième, je vais tricher un peu et je vais parler d’une vidéo de Jean-Charles Hue intitulée Y’a plus d’os (2006). Il filme des membres de la communauté des Yéniches qui s’embrouillent sur des histoires de famille. Jusqu’à ce qu’il y en ait un qui commence à s’amuser avec un flingue. Le dernier plan du film, c’est le mec qui vise la caméra et qui tire. L’écran éclate de manière spectaculaire. En dernier, je dirais un plan de L’Heure du Loup (1968) d’Ingmar Bergman, une scène où un mec pêche et un enfant se met juste derrière lui sur un rocher. C’est un plan très pictural en soi et Bergman le fait durer jusqu’à ce que le gamin devienne une sorte de menace.

Trois films qui ont marqué ta jeunesse ? 
Enfant, Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg. C’est très ambigu ce que je ressens vis-à-vis de Spielberg parce que je trouve qu’il est en partie responsable des saloperies qui sortent aujourd’hui. Il a fait des très bons films pour enfants mais, d’un côté, c’est un peu de sa faute si en ce moment, dans les films, on prend les adultes pour des gamins. Ado, j’ai été fasciné par Les Incorruptibles (1987) de Brian de Palma. Pareil, l’histoire est plutôt débile, c’est un combat contre le mal avec Kevin Costner, le Ryan Gosling de l’époque, sans aspérité. C’est peut-être le film qui m’a fait prendre conscience de la réalisation et des effets techniques dans le cinéma. Il y a une vraie virtuosité dans les scènes d’action. Plus tard, quand j’étais étudiant en philo, je me suis beaucoup intéressé à Jean Rouch et notamment à son film Les Maîtres fous (1995).  Il filme les membres de la secte des Haouka au Niger en pleine danse cérémoniale. En transe, ils paraissent possédés et on ne sait pas si c’est un vrai rituel ou s’ils caricaturent leurs colonisateurs. C’est une métaphore sociale très violente.

Trois films que tu aurais adoré vivre ?
J’aurais aimé être dans Police Fédérale, Los Angeles (1985) de William Friedkin. Ça va super vite et ça a l’air cool de conduire à fond. Son côté effréné est chouette. Et je me serais bien vu aussi dans Nowhere (1997) de Gregg Araki. J’aimerais bien qu’à chaque fois qu’il m’arrive un truc, il y ait un morceau de Slowdive qui m’accompagne. Puis aussi Profession : reporter (1975) de Michelangelo Antonioni. Changer d’identité comme Jack Nicholson dans le film, c’est hyper séduisant.


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Le Plateau / Frac Ile-deFrance
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