C’est en écoutant l’émission « Sex and Sounds » qu’on a découvert Maïa Mauzaurette. En produisant et en animant avec verve cette pastille radiophonique diffusée sur ARTE Radio, l’écrivaine (Dehors les chiens, les infidèles aux éditions Gallimard ou La Coureuse aux éditions Kero) et journaliste (Le Monde, Fluide Glacial…) s’est notamment intéressée aux compos musicales haute qualité conçues pour les films X dans les années 1970 (âge d’or du porno). Elle s’est aussi penchée sur la représentation des orgasmes féminins au cinéma et son impact sociologique sur nos propres comportements sexuels. Curieux d’en savoir plus sur ses goûts cinématographiques et avides de suivre ses conseils avisés en matière de porno, on lui a proposé de répondre à notre questionnaire cinéphile.


Tes trois films préférés de tous les temps ?
J’ai été très touchée par Chungking Express de Wong Kar-wai lors de sa sortie. Pour les choses plus récentes, je recommande A Ghost Story de David Lowery et The Witch de Robert Eggers pour la même raison : ce sont des films sans ironie. Je trouve courageux de ranger son sens de l’humour en 2018 et d’accepter de mettre tous les sentiments sur la table, sans camouflage ni détours.

Décris-toi en trois personnages de fiction.
Je ne me vois ni en demoiselle en détresse, ni en jeune femme pétillante ou fatale, ni même en guerrière névrosée. Peut-être que je me rapproche des héroïnes de Perfect Mothers d’Anne Fontaine, qui ont cette façon de montrer le côté déconcertant, bancal du désir. Et parce que je suis fatiguée des différenciations hommes/femmes ou humains/objets, je choisirais le monolithe de 2001, L’Odyssée de l’Espace de Kubrick, parce que j’ai une relation compliquée avec les surfaces. Et bien sûr, quand je suis au boulot, je me vois comme RoboCop.

robocop

RoboCop (1987) de Paul Verhoeven

Trois réalisateurs/trices avec qui tu te verrais bien papoter un soir, autour d’un dîner ?
David Lynch, David Cronenberg et Lars von Trier. Sauf que je ne leur proposerais pas de dîner tout de suite : je les ferais boire jusqu’à ce qu’ils finissent par révéler tous les sens cachés de leurs films. Je regrette de ne pas avoir de femme dans cette liste. Si j’avais pu, j’aurais mis Jane Campion.

Trois timbres d’acteurs/trices qui te fascinent ?
Ha ! Cette question est complexe. Je trouve qu’il y a une tendance lourde de sur-virilisation ou de sur-féminisation des voix. Dans les bande-annonces, on a l’impression que les héros ont fumé quatorze paquets sans filtre, tandis que les héroïnes auraient avalé des culottes de satin… Je vais donc choisir des acteurs aux voix moins stéréotypées : Steve Buscemi, Megan Mullaly et Takeshi Kitano.

Trois films X que tu conseillerais à des spectateurs qui n’osent pas trop en regarder ?
Nymphomaniac de Lars von Trier, de loin le meilleur boulot réalisé sur la sexualité dans ces mille dernières années. Caligula de Tinto Brass, pour ses orgies épiques. Et No Skin Off My Ass de Bruce LaBruce, pour le côté brut de décoffrage.

Trois souvenirs de ta jeunesse au cinéma ?
J’adorais les nuits spéciales de la Cinémathèque, mais comme je suis du matin, je n’ai jamais réussi à ne pas m’endormir. En fait, j’ai beaucoup roupillé au cinéma : j’ai dormi devant Solaris de Steven Soderbergh deux fois (je ne l’ai toujours pas vu) et ça m’est arrivé devant Pulp Fiction de Quentin Tarantino, aussi. Je me souviens d’un film – et je n’ai pas dormi ce jour-là -, c’est Titanic de James Cameron : j’étais avec mon petit copain de l’époque et j’ai failli mourir de mièvrerie. Comme vous pouvez l’imaginer, ça ne s’est pas bien terminé…


Émission Sex and Sounds, diffusée sur ARTE Radio tous les mardis