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LIVRE: “L’Héritier” de Vita Sackville-West

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Un vendeur d’assurances sans envergure hérite du manoir de sa tante, une demeure décatie du XVIe siècle, dépourvue de tout confort. On s’y chauffe au bois, faute d’électricité; la bâtisse est entourée de douves, tel un château fort… Naturellement, notre homme n’a qu’une idée en tête: se débarrasser de cet encombrant cadeau, rembourser les dettes de sa tante, et empocher la différence. Ça tombe bien, le duo de notaires du coin a déjà lancé la procédure de vente aux enchères, sans même le consulter. Mais alors qu’il pénètre pour la première fois dans sa demeure, le doute s’empare de lui. Ces pierres, ce jardin, ces lambris, ces pièces majestueuses: a-t-il le droit de tout laisser partir ? «Le poids de la légende avait soudain paru reposer lourdement sur ses épaules; il avait regardé ses mains, comme s’il s’était attendu à les voir mystérieusement chargées de grosses bagues honorifiques…» Vita Sackville-West avait 30 ans quand elle a publié cette novella qui, comme par magie, semble préfigurer son propre coup de cœur pour une bâtisse historique, le château de Sissinghurst, dans le Kent, qu’elle et son mari Harold Nicolson rachèteront en 1930, avant d’y aménager des jardins connus dans le monde entier. Un lieu peut-il transformer un homme, l’extirper de sa routine, le révéler à lui-même? Y a-t-il une âme au cœur des maisons?

Telles sont les questions posées dans ce bijou d’élégance et d’humour dans lequel le talent de Vita Sackville-West éclate en plein. Bien qu’il ne compte que 160 pages, le récit regorge de petits morceaux de bravoure: le paragraphe d’ouverture, avec son twist macabre; les soirées solitaires du héros dans sa demeure provisoire, remplies d’allusions gothiques; sans compter la vente aux enchères finale, durant laquelle triomphent la grandeur d’âme et le caractère du personnage, vainqueur éberlué de lui-même… Vita Sackville-West a toujours eu un faible pour ce livre de jeunesse auquel elle donnera une deuxième vie en le republiant en 1949. Ne ratez sous aucun prétexte cette réédition française traduite par Jean Pavans, ne serait-ce que pour vous préparer à voir cet été le film de Chanya Button, Vita et Virginia, sur les amours de Vita et de Virginia Woolf, avec Gemma Arterton et Elizabeth Debicki.

L’Héritier. Une histoire d’amour de Vita Sackville-West, traduit de l’anglais par Jean Pavans (Autrement, 186 p.)

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