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Culture OFF Ceci n'est pas du cinéma

LIVRE : »L’Appel » de Fanny Wallendorf

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La vocation inflexible d’un jeune athlète déterminé à marquer le monde du sport dans les années 1960. Fanny Wallendorf parvient à dépasser le récit biographique pour livrer une réflexion plus personnelle sur la persévérance et l’audace.

Tiens, encore un roman-biopic. On ne compte plus ces récits sur la vie d’un personnage célèbre, qu’il s’agisse d’une star du rock (Bye Bye Elvis, de Caroline de Mulder), d’un compositeur (Harmonie, harmonie de Vincent Jolit, sur Arnold Schönberg), d’un nazi (La Disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez) ou d’un sportif (La Petite Communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon, sur Nadia Comaneci). Fanny Wallendorf, elle, se penche sur le sauteur en hauteur Dick Fosbury, l’inventeur de la technique de saut en rouleau dorsal qui porte son nom. Son Appel n’est cependant pas un biopic au sens strict: le nom de Fosbury n’est pas cité, et les éléments biographiques, s’ils sont exacts, sont réduits à l’essentiel. Le personnage de Fosbury est en fait un prétexte pour parler de thèmes comme la vocation, la persévérance et l’audace. Et Dick n’en a pas manqué. Au début, sa technique ne convainc personne: les juges renâclent à valider ses performances, les esthètes conspuent son inélégance, les entraîneurs réclament qu’il revienne au saut ventral ou en ciseaux. Mais Dick tient bon, poliment, obstinément, en garçon rigide et habité. Sa confiance dans sa manière de sauter tient presque de la foi religieuse.

Un portrait appliqué de l’Amérique des sixties

Ce n’est pas un hasard si Fanny Wallendorf raconte sa découverte du dorsal comme une sorte d’épiphanie, ou un appel de l’au-delà. « Avant d’entamer les trois dernières foulées, il sent son corps changer d’axe, son dos s’incliner au maximum, il accélère et, au lieu de lancer sa jambe d’appel pour attaquer la barre de côté, il pivote à cent quatre-vingts degrés… »Même si l’auteur affirme ne pas s’être documentée sur le sport, ses pages sur les compétitions et sur les exploits de Dick comptent parmi les plus vivantes et captivantes du récit. Les chapitres sur la vie amoureuse de Dick et sur son adolescence normale dans l’Oregon sont plus convenus, même s’ils décrivent bien l’atmosphère de l’Amérique des sixties et les valeurs de la classe moyenne dont Dick est issu. Ainsi garde-t-il en tête l’adage seriné par son père: « Mange ta soupe et lave ton bol. » Entraîne-toi, un objectif après l’autre, et agis comme il faut. Beaucoup de rigueur, une touche de génie: ainsi naissent les champions. Dick en fut un grand, un vrai héros de roman, et celui-ci passe allègrement la barre.

L’Appel de Fanny Wallendorf (Finitude, 346 p.)

Et aussi…

Une vie de soleil de Jean-Marie Planès (Arléa, 126 p.)

On connaissait l’autoportrait de l’artiste en jeune homme ; voici l’autoportrait de l’auteur en plagiste : Jean-Marie Planès remonte le temps, dans ce beau livre de souvenirs articulé autour des auteurs qu’il a aimés et des plages qu’il a fréquentées, d’Hossegor à Arcachon.

Les portraits de Laura Bloom de Philippe Renonçay (Buchet/Chastel, 200 p.)

Un photographe et un taxidermiste ont un projet de livre en commun. Au milieu d’eux, l’énigmatique Laura Bloom… Déconcertant et envoûtant, le nouveau roman de Philippe Renonçay bouleverse la chronologie pour évoquer le temps, les images et l’histoire.

La vraie vie de Vinteuil de Jérôme Bastianelli (Grasset, 268 p.)

L’un des compositeurs français les plus célèbres du XIXe siècle n’a même pas existé : c’est Georges Vinteuil, l’auteur de la sonate qui enchante Charles Swann, chez Proust… Jérôme Bastianelli imagine sa vie, dans cet exercice de style richement documenté.

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