La compagnie La Meute ne fait pas dans le théâtre propret.


Après avoir parcouru les ruines des guerres yougoslaves dans Belgrade, c’est à une autre violence, celle des bas-fonds de l’Amérique contemporaine, qu’elle se confronte aujourd’hui. Adapté du roman de William T. Vollmann, La Famille royale met en scène la quête du détective privé Tyler. Missionné par un homme d’affaires véreux, il doit retrouver la Reine des putes, promise à devenir l’attraction majeure du casino Feminin Circus. Il lui faut alors plonger dans un monde inconnu, royaume de la rue et de la nuit hanté par les fumeurs de crack et les prostituées, les minables et les ratés. Sur le plateau, huit comédiens, changeant de rôle plus vite que leur ombre, incarnent toute la diversité de cette faune, dans sa cruauté et son humanité criante, et donnent corps à la langue de Vollmann dans de puissants monologues. Pour le metteur en scène, l’enjeu est de rester fidèle à l’esprit de l’auteur. Romancier et journaliste fasciné par les multiples visages de  la barbarie contemporaine, ce dernier ne se contente pas de dessiner une fresque réaliste. Documentariste compulsif, il tire les récits vécus vers le conte et la légende. Critique acerbe du mythe du self-made-man et de la société néolibérale, prête à tout vendre, La Famille royale est aussi une histoire de rédemption.


de William T. Vollmann, mise en scène de
Thierry Jolivet,
du 5 au 10 octobre
au Théâtre de la Cité internationale (3 h 30)