Quand on est tombé sur ses affiches plaquées sur les murs parisiens, on s’est demandé qui pouvait bien être ce « John Hamon », dont le même photomaton qu'on croirait sorti du film Le Péril Jeune (1994) est inlassablement collé : un petit candidat à une élection ? Un ado en quête de notoriété ? Un street-artist un peu particulier ou un monomaniaque ? Intrigués, on a fait des recherches et on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un artiste proposant un concept, celui de « l’art promotionnel » avec un slogan : « C’est la promotion qui fait l’artiste ou le degré zéro de l’art


On est allé lui poser quelques questions et parler de la projection qu’il prévoit d’organiser ce 13 juin devant le Palais de Tokyo. En le rencontrant, on ne l’a pas tout de suite reconnu. Et pour cause, à peu près 20 ans se sont écoulés entre cette photo et aujourd’hui : « La première chose que j’ai faite, c’est poser des photographies en noir et blanc un peu partout. J’ai commencé à Paris en 2001 puis étendu le système avec des gens qui partaient à l’étranger, dans presque tous les continents. » Ni « street-artist », ni « artiste contemporain », John Hamon  se revendique avant tout comme un artiste. Son travail d’affichage est un peu comme une « rencontre entre un graffeur et un homme politique en campagne pour eux-mêmes. »

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« Art Basel, une foire d’art contemporain à Bâle en Suisse, c’est le summum dans l’événementiel artistique mondial. J’ai retourné toute la ville : j’ai mis des affiches à peu près partout. Ici, les panneaux publicitaires sont très libres. Pendant deux, voire trois jours, tout le monde pensait que les affiches étaient officielles. Au bout d’un moment, les autorités locales se sont rendues compte que c’était faux et un jeu du chat et de la souris s’est instauré entre nous. »

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« Ici, les affiches empêchent l’accès à la borne de distribution automatique et il se trouve qu’il y a, entre elles, une autre affiche, mais  de campagne celle-ci. Avec « L’Humain d’abord » [celle de Jean-Luc Mélenchon, ndlr] inscrit sur le côté et une écriture « Euro » suspendue au-dessus, il y a finalement un sens à retenir. La banque, l’euro, l’humain… Ce sont quand même trois choses, mine de rien, qui sont marquantes à notre époque. »

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« Qu’il y ait un danger de mort à côté d’un panneau « Expression libre », c’est plutôt ironique. Au fond, ça peut paraître un peu bateau, mais j’ai parfois l’impression que l’expression n’est pas si libre que ça. »

John Hamon

« La BnF, c’est un peu le paroxysme de l’architecture mégalo pour moi. Ça m’a amusé de prendre le dessus sur un monument aussi écrasant et imposant, sachant que souvent les journalistes me soupçonnent de faire dans l’ego trip. En vérité, j’essaie plutôt, en tout cas dans ce cas précis, de remettre l’humain au centre. »

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« Projeter les affiches dans l’Assemblée, c’était une façon de jouer sur l’aspect promotionnel de l’institution qui est un lieu de représentation pour les députés. Là aussi, on peut se sentir écrasé, mais cette fois-ci par l’administratif. Il y a comme un sentiment de liberté quand on a le pouvoir d’agir sur un monument aussi massif. »

John Hamon

« C’est une de mes premières projections. Il n’y a peut-être pas besoin de préciser que c’est le symbole de Paris et de la France…  Forcément, s’associer à cette symbolique, c’est redoubler le promotionnel. C’était un peu le Graal pour moi. »

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«Il y a une anecdote assez amusante derrière. J’ai contacté le Palais de Tokyo pour leur dire qu’il y aurait une projection John Hamon. Au début, le Palais de Tokyo n’a pas compris. J’ai fait croire que l’événement était inscrit dans leur planning pour obtenir le logo. Finalement, ils ont compris que rien n’était vrai mais pouvaient difficilement me contraindre à organiser moi-même mon exposition en projetant mon portrait sur la façade. C’est un message que je passe pour que les artistes puissent reprendre la main sur l’institution, qui s’octroie parfois le droit de rendre visibles certains artistes et d’en négliger d’autres.  »


« Projection »
Palais de Tokyo
13 juin 2017
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