Un tueur en série qui raconte ses crimes en mimant les faits avec des marionnettes : le pitch de Jerk, coécrit par Gisèle Vienne et l’auteur américain Dennis Cooper, semble tout droit sorti d’un cauchemar.


Sur une scène quasi nue, le comédien Jonathan Capdevielle incarne David Brooks, complice de Dean Corll, tragiquement connu pour avoir violé et assassiné une vingtaine de jeunes garçons au Texas dans les années 1970. Assis face aux spectateurs – eux-mêmes dans le rôle d’étudiants en psychologie pour l’occasion –, il rejoue et revit quelques-uns de ses meurtres avec un rictus angoissant pendu aux lèvres et un détachement qui fait froid dans le dos. Pourtant, à aucun moment sa voix ne perd de sa douceur. Le jeu de Capdevielle est aussi précis que tendu. Et, sous son masque de tueur psychotique, il est tout en failles apparentes, en humanité déchue qui déborde. Là réside l’une des grandes forces des mises en scène de Gisèle Vienne qui, si elle plonge sans pudeur dans les pires fantasmes d’horreur, le fait avec délicatesse, tendresse et onirisme. Comme souvent, monstruosités et violences s’entremêlent à une certaine vision de l’enfance, à ses jeux cruels et ses rêves d’absolu. De cette pièce jaillit une beauté crue aux confins du surréalisme : progressivement, la distinction entre les marionnettes et l’acteur s’efface, le corps humain se fige en un numéro de ventriloquie final. L’assassin n’était-il pas, dès le départ, le pantin de sa propre folie ?