Quinze ans après les Franco-Congolais de Bisso Na Bisso, le Parisien MHD réinvente sur son premier album les noces de la musique africaine et du rap français : son afro trap change l’attitude menaçante de la trap originelle en pas de danse endiablés.


« C’est mort pour l’interview. » Le texto cinglant de MHD vient de faire vibrer le smartphone de son producteur qui nous le lit à voix haute, d’un air dépité. Nous sommes à Paris, fin février. Le premier album de Mohammed Sylla, alias MHD, n’est pas encore sorti, mais le jeune homme est déjà un phénomène. Sur la foi des myriades de vues qu’il a engrangées sur YouTube – plus de 29 millions en six mois avec sa série de vidéos Afro Trap –, le rappeur du XIXe arrondissement a été débauché par Booba en personne pour assurer la première partie de sa tournée française en janvier. Le jeune loup de 21 ans a ensuite enchaîné, à l’invitation de Black M (Sexion d’Assaut), avec un concert en Guinée, dans un stade de Conakry, devant 60 000 personnes. Leur clip commun, célébrant leurs racines guinéennes, doit sortir le jour de notre rencontre, quelques heures avant un showcase prévu tard dans la nuit à Bruxelles. Bref, MHD a une actualité plus que chargée. Tandis qu’on se dit que, après tout, une annulation de dernière minute est un risque à prendre avec un artiste en pleine hype (certains joueurs du PSG ont célébré leurs buts en reproduisant une des danses de ses clips !), la porte s’ouvre. Entre un grand échalas en hoodie noir pailleté, pouffant derrière ses lunettes de soleil. C’est MHD, ravi de sa petite blague.

RESTER SIMPLE

Un garçon simple, plutôt timide. Le casque audio sur la tête, et la tête sur les épaules. MHD réside toujours dans une cité du XIXe arrondissement surnommée « la cité rouge », à cause de la couleur des immeubles en briques. Il y a quelques mois encore, il livrait des pizzas à Saint-Lazare, tout en rappant au sein du collectif 19 Réseaux. Sans grand succès. Le coup d’accélérateur est venu en août 2015. « On était en vacances à Montpellier avec mes potes, à danser sur « Shekini » de P-Square [duo de hip-hop nigérian, ndlr]. À la fin du morceau, l’instru continuait. Je me suis amusé à rapper dessus, mes potes ont kiffé direct. Ils m’ont conseillé de mettre le son sur les réseaux. Je me filme en selfie et poste la vidéo sur Facebook. On sort le soir et, au retour, je me connecte : 3 000 partages. Et, parmi les commentaires : “Il sort quand, le son ?” C’était pas du tout prévu, c’était juste un délire ! »

Le clip d’« Afro Trap (part. 1) » ne tarde pas à suivre, avec l’engouement 2.0 que l’on sait. Si les thématiques développées dans ses paroles sont typiques du rap français (bicrave, foot et fierté du quartier), l’atmosphère détonne. Les basses lourdes et agressives de la trap importée des États-Unis s’acoquinent avec une vibe afro saccadée et festive. En un mot : conviviale. Car MHD est là pour « faire plaisir aux gens » avec ses gimmicks accrocheurs ; pour « ambiancer », comme il le dit. Son visage n’apparaît d’ailleurs qu’à la moitié de sa première vidéo, faisant d’abord honneur aux petits de sa cité, qui se passent la caméra comme on jonglerait avec un ballon, en une joyeuse chaîne dansante. Pas de grosse cylindrée ni de villa à l’horizon. « Je préfère faire un clip avec des gamins de mon quartier qu’avec des stripteaseuses et des gamos [voitures de grosse cylindrée, ndlr]. Le côté bling-bling ne me plaît pas, on n’a rien à prouver. On reste simple. Entre nous. Pour le prochain clip, comme d’habitude, il n’y a pas de recrutement. Ceux qui veulent venir viennent ! » Convivial, on vous dit.