On entre dans l’atelier d’Anne, rédactrice en chef de HEY! modern art & pop culture, comme dans un cabinet de curiosités. Un cabinet rempli d’oldies : un gramophone, un mini-portrait de star hollywoodienne mais aussi, plus glaçant, des animaux empaillés. Et des gravures, des peintures, des dessins artisanaux, avec un mélange d’inspirations baroques, médiévales et contemporaines. Rares sont les espaces blancs, comme s’il fallait aménager un petit coin pour tous les artistes de son catalogue. Anne tient d’une main de fer la revue trimestrielle qu’elle a créée, avec Julien, depuis maintenant 7 ans et qu’elle consacre aux outsiders de l’art contemporain. Elle est attachée à son magazine parce que, dit-elle, il est « la trace de ce qui les fait vibrer », des merveilles de l’art contemporain trop rarement relayées, et aussi parce que c’est la concrétisation de plusieurs années passées dans le journalisme. Ce mois-ci, elle présente la première expo-vente de HEY! à la galerie d’Arts Factory et nous a aidé à débroussailler le champ de l’art alternatif en commentant les œuvres que nous lui avons soumises. En spectateurs attentifs, on retiendra les noms de ces artistes, venus de 13 pays différents, qui sillonnent à leur façon le vaste monde de l’art contemporain.


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Mikael de Poissy

Grand nom du tatouage en France, Mikael de Poissy allie à la fois une connaissance technique du tatouage dit « solide » –  c’est-à-dire un tatouage qui n’est pas altéré au bout de 6 ans -, et un style unique. « Il explore l’esthétique parigote et mélange l’expression japonaise et l’art du vitrail, un art spécifiquement français. Avec lui, on se trouve au confluent de l’académique et du savoir de rue.  »

 

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Ryan Heshka

Ryan Heshka prend plaisir à se jouer du support : livre d’illustration, peinture sur bois ou sur papier. Il s’imprègne d’un imaginaire des années 1940, à la Mary Shelley, cette époque si faste où la science-fiction cristallisait une soif collective de l’inconnu.  « Il s’inspire des années 1940où chacun s’imaginait des planètes extraterrestres. Dans ses images, Ryan construit des mondes. Ici, c’est le monde de la robotique, du marécageux et de l’organique.  »

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Stan Manoukian 

Avec son comparse Vincent Roucher (« Vince »), Stan Manoukian est une figure connue dans le monde de la BD, avec plusieurs séries qui ont rencontré un franc succès  : Vortex (1993) ou, depuis 2008, Les Chronokids, avec Zep, le père du pas très fut-fut Titeuf. « Stan Manoukian adore les petites créatures. Il est très attiré par la contre-culture japonaise et tente de se réapproprier la nature.  Il admire des gens comme Hayao Miyazaki ou Takashi Amano.  »

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Pietro Sedda 

« La première chose à savoir sur Pietro Sedda, c’est qu’il est pédé ! » Quoi ?! Non, on va d’abord dire que Pietro Sedda est un tatoueur italien et qu’il fait partie de la middle generation. « Pietro Sedda est à cheval sur trois cultures : la culture tatouage classique, la culture esthétisante design – il a fait des papiers peints et il pourrait refaire une pièce entière !- et, la dernière, c’est la culture gay. C’est une culture qui n’est pas facile à porter dans le milieu du tatouage.  » Ok, on comprend mieux.

 

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Dana Wyse 

Dana Wyse est canadienne. Militante artistiquement, s’engageant pour les droits LGBTQ, elle travaille sur cette série, Pills & Remedies, depuis plus de 20 ans. « Dana Wyse construit une œuvre très évaporée, mystérieuse. Elle est anti-marché, avec un discours très politique. Elle le dit dans son art, mais très peu dans la vie.  »

 

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Jean Labourdette 

Jean Labourdette (aka Turf One) a suivi un double-parcours. Provenant du milieu du graffiti et du street-art, il est aussi un pur artiste peintre. Avec une technique ultra-réaliste, il présente ici une sorte de boucher du coin, peu avenant en apparence. On finit par contempler ses fêlures, les marques sur la peau, les traits tirés d’un personnage plus complexe qu’on ne croit. « Jean Labourdette a été le premier à peindre à la bombe des personnages surréalistes, il est complètement surréalisme popCe qui l’intéresse, c’est les gens qui portent leurs déboires sur le corps. Le tatouage fait partie de sa démarche. C’est une trace visible du parcours qu’on s’est forgé. Ce qu’il aime, aussi, c’est la rencontre incongrue entre deux individus qui n’étaient pas partis pour se rencontrer un jour.  »

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Elias Kafouros 

Elias Kafouros, dessinateur grec, est un jeune artiste. Bouleversé et frustré par les agitations dans son pays ces derniers années, il évacue toute ça dans le dessin. Et ce qu’il y a de beau, c’est que sa colère se matérialise à travers un déversement créatif et une maîtrise totale de l’esthétique. « Elias Kafouros représente ce qui est à la limite de l’acceptable en termes de marché. Il a vécu la crise grecque et a été touché par cette situation. Il a réussi à créer une sorte de rage contenue.  »

 

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Sophie Herniou 

Le travail de Sophie Herniou est de l’ordre de l’impulsion. « Artistiquement, elle est de cette scène des outsiders français, très liés aux arts en marge, de cette époque du squat, de la génération de l’après-punk, jetée dans l’alternatif parce que tout se refermait. »



HEY! GALLERY SHOW #1
Exposition du 17 mars au 22 avril
Vernissage le 16 mars à partir de 16h
Galerie Arts Factory 27, rue de Charonne, 75011 Paris
Métro : Ledru-Rollin ou Bastille