L’album Rhapsode, paru en 2014, avait révélé Forever Pavot, alias Émile Sornin, en audio-fils de Serge Gainsbourg et frère de cœur des Toulousains Aquaserge, en même temps que de toute une génération biberonnée par l’homme à la tête de chou et ses fameux arrangeurs, Alain Goraguer, Michel Colombier, Jean-Claude Vannier.


L’album Rhapsode, paru en 2014, avait révélé Forever Pavot, alias Émile Sornin, en audio-fils de Serge Gainsbourg et frère de cœur des Toulousains Aquaserge, en même temps que de toute une génération biberonnée par l’homme à la tête de chou et ses fameux arrangeurs, Alain Goraguer, Michel Colombier, Jean-Claude Vannier. Avec La Pantoufle, l’homme-orchestre venu des Charentes chausse les chaussons de feutrine locaux, les fameuses charentaises, pour marcher sur les traces burlesques et francophiles d’un Louis de Funès pop, celui musiqué par François de Roubaix et toute cette vague de compositeurs de musique de film des années 1970, Philippe Sarde, Georges Delerue, Francis Lai. Sur ces airs rétros sans être maniaques, une jeunesse charentaise, donc, ressort de textes chantés discrètement, mais assez retors, entre Alfred Jarry et de légers traumatismes enfantins. « La pantoufle est dans le puits » évoque ainsi la recherche par toute la famille de la pantoufle du jeune Émile lorsqu’il avait 5 ou 6 ans. « Au bout d’un long moment, mon grand frère s’est adressé à moi un peu agacé : “Tu l’as pas jetée dans le puits quand même ?” Et je lui ai répondu du tac au tac et sur un ton très sérieux : “Si, j’l’ai jetée dans le puits.” » Cette grande assurance enfantine, on la retrouve dans ce nouvel album, francophone donc, mais de ce français un peu relâché et désuet qui balance des « ça lance » ou des « c’est pas dégueu » au pays de Léo Ferré. Les treize titres sont autant de saynètes ou de séquences d’un film imaginaire alternant les genres cinématographiques (polar, romance, comédie, érotisme, slasher) et musicaux (pop, jazz, psyché), mariant le sexe et la bouffe, le jeu et la culpabilité. Le jeune père semble ainsi faire le solde de son enfance, entre le divan du psy (« Le Beefteak ») et l’insouciance des années 1970 (« La Belle Affaire »), pour se faire « Père » sur un titre aussi central et ambigu que l’est l’artiste transgenre Wendy Carlos, dont l’influence ressort ici. La Pantoufle est son bel enfant.


« La Pantoufle » (Born Bad)