Dépassant les limites du genre de la rétrospective, Dominique Gonzalez-Foerster (re)joue sa vie et son œuvre et propose une exploration spatio-temporelle au-delà du réel. Entre introspection et extraversion.


« Dominique Gonzalez-Foerster. 1887-2058 » : un titre d’exposition plutôt minimal, qui en dit pourtant long sur l’art et la manière qu’a cette artiste française, née en 1965, de sans cesse élargir les frontières d’une œuvre aux contours flottants, toujours en mouvement, et que viennent infiniment nourrir la littérature, le cinéma, l’architecture ou encore la musique, en tant que sources d’inspiration, mais aussi, et peut-être avant tout, d’expérience(s). De la construction du palais de cristal à Madrid (1887) à celle d’un abri géant pour les réfugiés climatiques à Londres (2058), en passant par l’exposition Marcel Duchamp au Centre Pompidou (1977) ou la réalisation du Secret de Veronika Voss de Rainer Werner Fassbinder (1982), la liste de repères temporels placardée à l’entrée de la galerie sud, quasi programmatique, balaie trois siècles, combinant rétroprojection et anticipation. Atypique, l’exposition nous invite à passer, en dépit de tout ordre chronologique, d’année en année, et ainsi à déambuler dans un espace-temps labyrinthique oscillant entre réalité et (science-)fiction et abritant une œuvre à entrées multiples jalonnée d’environnements, de passages et autres chambres. En même temps qu’elle nous invite à entrer dans son œuvre – mais plus encore, dans sa vie, en dévoilant, par exemple, un ensemble de morceaux choisis de sa garde-robe, telle une autobiographie vestimentaire assortie de dessins et de photographies (euqinimod & costumes, 2014) –, l’artiste brouille les pistes du je(u) en multipliant les rôles – et les apparitions –, endossant les costumes de personnages réels ou fictionnels : Lola Montez, Emily Brontë, Edgar Allan Poe, Bob Dylan, Fitzcarraldo… Habitée – pour ne pas dire hantée – par toutes ces personnes référentes, elle les réincorpore dans son œuvre jusqu’à les (ré)incarner de temps à autre sur un mode fantomatique. Gonzalez-Foerster nous propose de suivre les méandres de ce(ux) qui constitue(nt) sa pensée, sa mémoire vive, et de pénétrer ainsi dans son palazzo mentale. Une expérience en soi.


jusqu’au 1er février au Centre Pompidou