Et si la notion de désastre servait de point de départ à une réflexion collective ? C’est le pari fait par « Co-Workers. Beyond disaster », une exposition assortie d’un ensemble de rencontres visant à modifier le cours des choses.


« Nuageux, glacé dans les faubourgs, froid ce soir, plus froid demain, réchauffement jeudi et vendredi, refroidissement dès samedi, neige fondue dès dimanche, soleils doubles lundi… » Défilant sur une enseigne lumineuse en exergue de l’exposition, les prévisions météo, extraites du roman dystopique de l’écrivain américain David Ohle (1971), sont loin d’être réjouissantes… Plutôt que de constater passivement les dégâts et de sombrer dans le catastrophisme ambiant, l’exposition « Beyond disaster » – l’une des deux faces du projet « Co-Workers » initié par le musée d’Art moderne de la ville de Paris, où est présenté l’autre volet dédié au « Réseau comme artiste » – propose d’aller « au-delà du désastre » et d’infiltrer la brèche narrative et (science–)fictionnelle afin de revoir et de repenser collectivement le monde qui nous entoure et ses dérives médiatiques et climatiques, tant d’un point de vue économique et culturel que social. En une séquence d’images fixes, Daniel Steegmann Mangrané fait, par exemple, se superposer deux réalités que sont la déforestation amazonienne et la découverte d’une méduse par un robot–caméra du géant pétrolier brésilien Petrobras : l’étrange apparition de la créature sous-marine dans ce paysage meurtri entend révéler les liens abyssaux qui unissent les deux phénomènes. Telle une véritable sculpture vivante, la fourmilière de Melissa Dubbin et Aaron S. Davidson fait apparaître les systèmes de communication mis en place par cette communauté visible mais inaudible à l’oreille humaine. En prêtant sa voix au manifeste (initialement dit par une voix informatique et partagé en ligne) de l’activiste autiste Amanda Baggs, l’artiste transgenre Wu Tsang donne la parole aux communautés en marge. En écho, un film de Jasmina Metwaly et Philip Rizk met en scène des ouvriers du Caire se livrant à divers jeux de rôles au sein de leur entreprise désormais fermée. Une autre histoire est (encore) possible.


jusqu’au 30 janvier
à Bétonsalon – Centre d’art et de recherche