Depuis 2012, elle pimpe le R&B hexagonal à coups de titres nonchalants, de lyrics surréalistes et de clips décalés. On a parlé, via Skype, avec l’ovni Bonnie Banane, pour la sortie de Sœur Nature, son troisième EP.


« J’me fais une tartine et j’te rappelle. » Bonnie Banane a l’art de la repartie mais le CV discret : jeune Parisienne, comédienne, aperçue notamment chez Bertrand Bonello (dans L’Apollonide. Souvenirs de la maison close et Saint Laurent)… Son surnom ? « Ça sonne mieux que Connie Cabane ! » En collaboration avec Walter Mecca du label Weirdata, elle coiffe 2012 avec le EP Greatest Hits et le single « Muscles », puis l’année suivante lâche la bombe « Champs-Élysées » au clip délire commençant par une citation de Tony Montana dans Scarface et parodiant la panoplie caillera des années 1990. Elle aligne les featurings (Myth Syzer, Jimmy Whoo), ouvre pour Kelela et Mykki Blanco, jumpe à NYC. « J’ai grandi avec la culture U.S., mais je pioche partout, rap, musette, grime. Aucune filiation, je chante en anglais et en français : je suis multiple. Je dis “R&B de genre”, mais je n’arrive pas à définir ma musique. J’ai kiffé quand, après une impro à un concert, un mec a dit : “C’est Brigitte Fontaine sous LSD !” » C’est une autre icône qui est l’objet de ses fantasmes dans « Leonardo », slow jam cheesy et premier extrait de son très smooth nouvel EP, Sœur Nature, coréalisé avec Gautier Vizioz et autoproduit « avec l’argent de la drogue et du R.S.A. ». « La nature, c’est plus beau que l’art contemporain ! J’évoque l’aspect sans make-up des choses. » Autant de microfilms introspectifs scannant l’amour, le sexe, l’histoire, le monde comme il va. Dans « L’Appétit », qu’elle décrit comme le « soliloque de la dernière femme sur Terre », la valse « Relax », œillade dissonante à Arthur Rimbaud, ou « Affection », qui tacle « notre désir capitaliste », Bonnie Banane croise d’excitantes vibes sensuelles et une lucidité second degré, « entre Aaliyah et André Rieu, ciel et mails. C’est une ode au contraste, à nos paradoxes, on vit le cul entre deux chaises. » Pour finir, elle dresse sa liste de souhaits pour 2016 : « Un clip avec plein de travellings, des concerts, devenir famille d’accueil, prendre le temps de faire un album. » Et nous laisse sur un message codé : « La vie est très longue et Dieu chausse très petit. »


Sœur Nature de Bonnie Banane
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