Un jeune couple et leur bonne travestie sont tout excités de recevoir leurs invités : la Chienne, la Star, l’Étalon et l’Adolescent. Dans l’appartement raffiné des Rencontres d’après minuit, ils arrivent au compte-gouttes pour une nuit d’orgie qui s’annonce à la fois torride et compliquée. Sur ce postulat mélangiste, le réalisateur Yann Gonzalez offre un premier long métrage romantique et camp sur une passion qui s’essouffle et se voit ravivée par une communauté de corps ardents. Rencontre.


Dans votre court métrage Entracte, l’un des personnages disait : « Un invité, c’est toujours un gage de surprise et d’action. » Comment cela prend-il forme dans Les Rencontres… ?
J’aimais bien l’idée d’avoir des invités surprise dans le film. À la fois des gens avec lesquels j’ai l’habitude de travailler, comme Kate Moran et Julie Brémond, et d’autres un peu plus surprenants, comme Éric Cantona, Alain-Fabien Delon, Béatrice Dalle, Fabienne Babe… Une espèce d’alchimie bizarroïde entre la famille et les guest stars. Je trouve qu’il y a vraiment un problème de casting en France aujourd’hui, on retrouve souvent les mêmes associations d’acteurs. J’avais envie de sortir de ça.

Quel a été votre moteur pour l’écriture du scénario ?
D’abord, cette envie de réunir des gens très différents. Et comme le sexe est vraiment une obsession, j’aimais bien l’idée de partouze. Ensuite, l’envie de faire un film simple, un huis clos, en pensant que ça serait économiquement viable. Sauf que peu à peu je suis allé vers le fantastique et que le film est devenu beaucoup plus cher que prévu. Il y a aussi les livres dans lesquels j’étais plongé à ce moment-là, dont le Journal 1918-1919 de Mireille Havet. J’étais très influencé par son écriture, à la fois très mélancolique et vitaliste, et par le plaisir pur du dialogue. Le temps flotte, les époques s’enchevêtrent… J’avais envie d’un film à strates. Tout cela s’est fait dans le désordre, j’ai du mal avec les méthodes de scénario traditionnelles.

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Quand le film parle de sentiments, il n’y a aucune dérision…
Ni ironie. Les personnages peuvent en avoir par rapport à eux-mêmes, mais moi, jamais. Même ceux qui sont un peu plus compliqués à filmer, comme les flics, j’ai toujours essayé de trouver quelque chose qui les rattrape, qui soit du côté de l’absurdité. J’avais besoin de les aimer pour pouvoir les filmer. La distance, le second degré me gênent dans le cinéma en général.

Comment avez-vous pensé les pauses pendant lesquelles les personnages s’expriment par la danse ?
À un moment donné, j’ai besoin que ça explose et que ça déborde du cadre, que les personnages sautent partout, exultent, et que ça soit plus fort que le cinéma. La danse de la Chienne dans le film, c’est un peu comme si elle avait absorbé toute l’énergie sexuelle frustrée des personnages et qu’elle l’expulsait. Elle est dans l’exaltation de cette sexualité. J’aime bien jouer sur cette idée d’aller jusqu’au bout de la frustration, de l’attente, et que tout à coup il y ait un feu d’artifice charnel, musical. Sentimental, aussi.

Concernant la musique, comment avez-vous travaillé avec votre frère Anthony Gonzalez [du groupe M83, ndlr] ?
Pour Les Rencontres…, il sortait tout juste de la B.O. d’Oblivion, qui était très orchestrale, alors que je voulais un son plus électronique. Finalement, la musique est un mélange des deux. Notre collaboration se passe de manière très simple et fraternelle. Je lui envoie des plages qui m’inspirent et qui partent un peu dans tous les sens, et je lui laisse carte blanche à partir de là. Il a essayé de faire une B.O. à l’ancienne, avec des thèmes récurrents. Je crois que ça va très bien avec le côté old schooldu film, un peu années 1970 et 1980. L’aspect patchwork de la musique se retrouve aussi dans les images.

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Vous sentez-vous proche du cinéma queer ?
Le mot « queer » va assez bien à mon film. La question de la sexualité ne s’est jamais posée, les personnages étaient poreux à tous les gens autour d’eux. Je ne me revendique pas d’un mouvement et je n’ai pas étudié les théories queer, mais je me sens proche de ce cinéma par cette façon de confondre et d’ouvrir les gens, les identités, les sexualités. Je suis pour que tout communique.

Vous sentez-vous plus à l’aise en studio qu’en décor réel ?
Oui, parce qu’il n’y a rien qui m’échappe ! En même temps, c’est génial quand c’est le cas, ça créé des petits miracles inattendus. La chose la plus importante, pour moi, c’est la direction d’acteur ; faire en sorte que quelque chose soit tellement incarné que cela vous surprenne vous-même et que cela mette en danger le système que vous essayez de construire. Après, c’est vrai que je n’aime pas l’improvisation. Sur les dialogues, je suis très pointilleux. Peut-être que cela va évoluer dans les prochains films.

D’où vous vient ce goût particulier pour les décors oniriques ?
En grande partie de ma cinéphilie. J’ai grandi avec le cinéma fantastique et maniériste, même si je n’aime pas trop cet adjectif. Mes premiers chocs, c’était Brian De Palma et Dario Argento. Le lyrisme et les sentiments pour le premier, et l’artifice pour le second. Je crois qu’on reste marqué par ce que l’on voit quand on est jeune, et que Les Rencontres… fait ressurgir tous ces souvenirs-là. Quand je tourne, je n’y pense pas du tout, mais c’est comme si les limbes du cinéma ressurgissaient.


Les Rencontres d’après minuit
de Yann Gonzalez (1h31)
avec Kate Moran, Éric Cantona…
sortie le 13 novembre