La rédac vous livre sa sélection pour la semaine du 22 mars 2017


WRONG ELEMENTS

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Avec ce premier documentaire, qui suit d’anciens enfants soldats, l’auteur des Bienveillantes (les mémoires fictives d’un ancien officier SS, prix Goncourt 2006) donne une nouvelle fois la parole aux bourreaux. Sauf que, cette fois, les bourreaux sont aussi des victimes. Geofrey, Mike, Nighty et Lapisa avaient à peine 13 ans quand ils ont été arrachés à leur famille pour rejoindre l’Armée de la résistance du Seigneur (LRA), mouvement de rébellion ougandais formé par Joseph Kony à la fin des années 1980. Quatre jeunes qui ont passé leur adolescence dans le bush à piller et à tuer, mais aussi à être violentés et torturés. Vingt-cinq ans plus tard, le journaliste franco-américain Jonathan Littell vient recueillir leur témoignage, délivrer leur parole, les ramenant en pleine jungle sur les lieux de leurs massacres pour rejouer des scènes de leur quotidien de soldats, à la manière de Joshua Oppenheimer dans The Act of Killing. Format carré, plans contemplatifs et très composés: le parti pris esthétique est manifeste, mais révélateur – c’est la mise en scène des témoignages et des mémoires qui intéresse avant tout le cinéaste. Quand, avachis à l’arrière d’un pick-up, les anciens soldats se remémorent en riant les meurtres, les viols, les tortures, comme ils évoqueraient leurs souvenirs de vacances, ce qui trouble, c’est moins ce qu’ils racontent que la manière dont ils le racontent, surjouant le détachement comme pour tenir l’atrocité de leurs actes à distance humaine. R. S.

SAGE FEMME

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Comme dans ses précédents films (Séraphine, Violette), Martin Provost réussit à donner vie à des personnages féminins denses et nuancés qu’il montre à la fois dans leur détresse et dans leur drôlerie. Claire (Catherine Frot), sage-femme à l’air rigide, voit son quotidien chamboulé lorsque Béatrice (Catherine Deneuve), l’ancienne maîtresse de son père, suicidé il y a des décennies, revient dans sa vie. Malade du cancer, Béatrice veut se rapprocher de la fille du seul homme qui a compté dans sa vie… Provost prend un plaisir communicatif à filmer Deneuve (qui, dans ce rôle, évoquerait presque Gena Rowlands) donner vie à une femme anar et agitée, menant une existence à la fois dissolue et aventureuse. De façon très simple, on se délecte en voyant cette grande actrice fumer et boire sans modération – et même choper du jeunot (Quentin Dolmaire, l’acteur principal de Trois souvenirs de ma jeunesse, s’en souviendra sans doute longtemps). Cela suffit amplement pour faire décoller le film, un peu plus plombant dans son versant sociologique et politique, lorsqu’il dépeint la précarité du métier de sage-femme dans des cliniques où seul prime l’intérêt financier. Q.G.