Pendant 2h20 foudroyantes, Robin Campillo (Les Revenants, Eastern Boys) plonge dans l'histoire d'Act Up-Paris et explore ses militants jusqu'aux tréfonds des cellules, grâce à une mise en scène organique et à une narration renversante.


Ca commence dans une forêt de corps. Le premier plan du film est submergé par des silhouettes qui attendent, de dos, foule que l’on sent parcourue de frissons de tension. Ces gens sont des militants d’Act Up venus électrochoquer une conférence ronflante de l’AFLS (Agence française de lutte contre le sida), qu’ils considèrent comme l’écran de fumée de l’état sur la question brûlante du SIDA. Le récit de Robin Campillo (coécrit par Philippe Mangeot, ancien président d’Act Up) se déroule au début des années 1990, alors que les séropositifs sont terriblement invisibilisés en France et laissés sur le carreau de la recherche médicale. Il faut trouver d’urgence comment éveiller les consciences, activer le mouvement. Pendant la première moitié du film, le pouls du montage est donné par les deux principales activités de l’asso : d’intenses débats en AG (qui – exploit – sont toujours passionnants, jamais indigestes ni sentencieux) pour imaginer slogans et stratégies à adopter ; des actions-choc, comme trasher à coups de poches de faux-sang un grand laboratoire pharmaceutique qui refuse de communiquer des résultats sur un traitement qui pourraient changer la vie des séropos. Dans ce contexte, un petit nouveau, Nathan (Arnaud Valois, grande découverte), tombe sous le charme de Sean (incroyable Nahuel Pérez Biscayart), un militant assez tête-brûlée. Longtemps dans le film, les deux personnages ne sont pas singularisés du groupe – dépeint avec beaucoup de subtilité -, comme s’ils étaient des maillons indissociables de son ADN. Une idée que vient illustrer un magnifique enchaînement de plans : les militants dansent dans un club, avant qu’un glissement de mise au point les assimile aux milliers de grains de poussière qui volent autour d’eux et scintillent dans la lumière, et qu’un fondu enchaîné ne superpose ces constellations à des cellules sanguines en gros plans. Après avoir célébré cette grande vitalité collective, le film se resserre peu à peu sur la passion entre Nathan et Sean. Jusqu’à ce que la maladie de celui-ci n’achève de les isoler du groupe. 120 battements par minute est à la fois lucide, effrayant, déchirant, politique, vibrant, sexuel et plein d’espoir. En somme, la synthèse d’un très grand film.


120 battements par minute de Robin Campillo
Memento (2h20)
Sortie le 23 août 2017