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Vu à Cannes 2019: « The Dead Don’t Die », l’apocalypse zombie selon Jim Jarmusch, en ouverture du Festival de Cannes

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Parce qu’il a le goût de la lenteur et des communautés souterraines, on était sûr que Jim Jarmusch se sentirait à l’aise avec le film de zombies. Si son The Dead Don’t Die n’a pas la force enveloppante de certains de ses meilleurs films (Permanent Vacation, Mystery Train ou plus récemment Paterson ne vous quittent plus jamais une fois vus), le cinéaste s’approprie le genre avec un détachement dandy qui en fait un film très personnel.

On retrouve donc tout ce qui fait le style du cinéaste à la chevelure argentée, à commencer par sa bande d’acteurs beaux bizarres (Bill Murray, Tilda Swinton, Adam Driver, Tom Waits…), mais aussi un humour smart, qui ne joue pas de l’efficacité mais pluôt de très légers décalages (l’accent écossais du personnage de croque-mort samouraï joué par Tilda Swinton, le nom de même du lieu de l’action, «Centerville», alors qu’on est dans le comble de la bourgade américaine reculée) de minutieux détails cachés dans un plan (une inscription raciste sur une casquette, une image de Nosferatu sur un tee-shirt…), ou encore de références méta à ses propres films (Ghost Dog, Coffee And Cigarettes…).

A propos des zombies eux-mêmes, apparus sur terre à cause d’une fracturation polaire qui a modifié l’axe de rotation de la Terre, Jarmusch a l’art de faire ressortir toute leur beauté dépenaillée, tout leur lyrisme fantomatique. On retrouve la même poésie mortifère sublimant les ruines que dans son film de vampires Only Lovers Left Alive: zones désaffectées, lumières en clair obscur et rythmes traînants. Niveau symbolique, Jarmusch choisit la voie Romero qui dans son Zombies en 1978 avait inscrit son intrigue dans un centre commercial. Il en fait les parangons d’une société matérialiste qui carbure au Wifi et au Xanax – à peu près les seuls mots que les morts vivants peuvent encore vaguement articuler.

En donnant à son film un air de fable, il oppose alors à cette frénésie de consommation un refuge plus tellurique, indiquée par une sorte de clochard céleste (joué par Tom Waits) vivant en ermite dans une Nature fantasmée qui évoquerait presque celle des poètes du Romantisme. C’est là qu’on retrouve le Jarmusch défendant l’art méditatif de la contemplation, de la promenade, même dans un monde totalement détraqué.

The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch, Universal Pictures International, 1h43. Sortie le 14 mai.

Photo d’ouverture: Copyright Abbot Genser / Focus Features / Image Eleven Productions, Inc.

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