À Cannes, Naomi Kawase est chez elle. Depuis sa Caméra d’or en 1997 pour son premier long-métrage, en passant par son Grand prix dix ans plus avec La Forêt de Mogari, la cinéaste n’aura cessé d’émailler les éditions du festival de ses mélodrames aquarelles.


On retrouve, dans Vers la lumière, cette respiration relaxante de la mise en scène, qui anesthésie les traumatismes humains grâce aux vents bienveillants de Mère Nature. Ici, elle traite le motif de la cécité, à travers un personnage de photographe dont la vue décline et le précipite à grands pas aux portes du noir absolu. Celui-ci fera la rencontre d’une jeune femme, dont le travail consiste à réaliser des versions audiodécrites de film. La cinéaste débute sur ce beau personnage de décodeuse sensorielle, réduite dans le prologue à deux grands yeux sombres, buvant le monde d’un regard concentré pour le recracher en mots. Sa tâche professionnelle relève pourtant de la gageure : trouver le bon rythme, le juste terme, les enchaînements adéquats ; se poser à chaque plan les bonnes questions : faut-il être descriptif ? Interprétatif ? Suggestif ?

Inutile de préciser que Kawase n’a aucun mal à capitaliser subtilement sur ces interrogations, qui renvoient aux prérogatives les plus élémentaires de son cinéma. Car chez elle, le film est avant tout un sortilège, une berceuse, qui ne défile pas simplement devant nos yeux, mais nous englobe, nous immerge, mobilisant par le jeu des synesthésies la totalité de notre réseau sensoriel. C’est d’autant plus pertinent que ce versant méta ruisselle sur cette fable délicate sans jamais contrarier l’éclosion des sentiments. Malvoyant ou non, tout le monde progresse dans le noir de l’incertitude, mais chacun peut devenir la lumière de l’autre.