C’est son grand retour après le rugueux Les Salauds : Claire Denis signe une comédie anxieuse écrite en collaboration avec Christine Angot. Minutieux, le duo fait preuve d’une grande science des dialogues sur l’amour.


C’est un malentendu : Un beau soleil intérieur n’a rien à voir avec Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, comme ça avait été annoncé partout sur le net. C’est en tout cas ce qu’a assuré Claire Denis après la projection du film. Pourtant, nous qui l’avons regardé avec ce bouquin du célèbre sémiologue en tête, on peut dire qu’il y a pas mal de points communs entre les deux. Comme Barthes, Claire Denis s’intéresse au rôle de la parole en amour et observe ses circonvolutions avec une grande précision. Dans une atmosphère cotonneuse, elle suit l’errance sentimentale d’Isabelle (Juliette Binoche), artiste perdue entre son histoire avec un banquier bien goujat (Xavier Beauvois), un acteur déprimé (Nicolas Duvauchelle), un type perché qui l’accoste à la poissonnerie (Philippe Katerine) et d’autres.

Grâce au jeu ondoyant de Binoche et à l’écriture tranchante de l’écrivaine Christine Angot, avec qui elle cosigne le scénario, Claire Denis parvient à capter le trouble qui siège à chacune des conversations heurtées, toutes en contradictions, de ce personnage vacillant. Parce que sa mise en scène fait apparaître ce qu’il y a entre les lignes de dialogues acérés, Claire Denis donne une vraie épaisseur (et aussi, grâce à quelques traits comiques, une certaine légèreté) au style clair et franc d’Angot. La réalisatrice met en évidence ce que le discours amoureux peut avoir de tentaculaire et d’insidieux. On est dans une vision un peu tourmentée de l’amour, mais ce côté âpre se dissipe vers la fin du film où l’on relève une jolie note d’espérance. Depardieu, qui joue une sorte de médium, console Binoche avec ce conseil digne d’un San Antonio : « Ne vous mettez plus la rate au court-bouillon. Restez open. » Et, là, on voit l’actrice s’illuminer.