Jacques Doillon s’attelle au biopic de l’archi-célèbre sculpteur en tentant de cerner sa relation avec Camille Claudel et sa quête acharnée pour moderniser son art.


À 40 ans, Auguste Rodin (Vincent Lindon) reçoit sa première commande de l’État : la monumentale Porte de l’Enfer, dont des parties comme Le Penseur ou Le Baiser deviendront ses pièces les plus renommées. Dans son atelier au Dépôt des marbres, à Paris, il réfléchit, discute et tâtonne pour façonner cette œuvre d’une ambition folle. Dès le plan-séquence qui ouvre le film, Doillon oppose la petite pièce sombre et surchargée de l’atelier de l’artiste dans laquelle est remisée Camille Claudel (Izïa Higelin), son élève et amante, à la partie très haute sous plafond, ample et baignée de lumière naturelle, dont dispose le maître. Le cinéaste fait de cet espace clos et renfermé le symbole des déséquilibres qui fragilisent le couple et qui feront souffrir chacun à égalité – c’est en tout cas la thèse du film.

Contrairement à Bruno Nuytten (Camille Claudel, en 1988, avec Isabelle Adjani) et à Bruno Dumont (Camille Claudel 1915, en 2013, avec Juliette Binoche), Doillon ne se met pas du côté de la sculptrice, dont la carrière a été écrasée par celle de Rodin, mais tente de saisir les strates de leur intense relation, qui mêle travail et amour, connivence intellectuelle et jalousie. Ce qui fascine aussi le réalisateur, c’est le besoin du sculpteur de revenir sans cesse à la matière vivante pour créer : il caresse amoureusement le tronc des arbres, couche avec ses modèles comme pour mieux comprendre la chair… Certaines de ses œuvres, trop vibrantes et avant-gardistes, feront scandale. Cent ans après sa mort, voilà l’ensemble de son œuvre porté aux nues.


Wild Bunch (1 h 59)
Sortie le 24 mai