Il y avait quelque chose d’inquiétant à voir Charlotte Gainsbourg intégrer le bestiaire du cinéma d’Arnaud Desplechin. Avec ses airs de petit mulot blessé, comment l’actrice allait-elle survivre au milieu de ce chaos de figures outrées et de verbe frénétique ? Dans Les Fantômes d’Ismaël, elle campe une compagne à la fois éblouissante et réservée sommée d’accepter le retour inopiné de l’amour de jeunesse d’Ismaël. Sans cesse mise à l’écart par les sinuosités romanesques de l’intrigue, cette astrophysicienne discrète réplique à cette agression environnante par une résistance passive, bienveillante, presque dépassionnée, qui donne à Gainsbourg l’opportunité d’affiner encore un peu plus son registre. C’est une manière de reconvertir chaque convulsion émotionnelle en simple frémissement corporel, de se contenter d’un regard ou d’un sourire pour diffuser toute la puissance d’adoucissement de son personnage. Un contrepoint idéalement modérateur pour le film, ravi d’achever sa symphonie de spectres agités sur le déchirant accomplissement de cette femme raisonnable.