Hong Sang-soo voit double en ce cru cannois 2017 et ce n’est pas (uniquement) dû à un abus de soju : deux films, l’un en couleurs et en mode mineur en Séance spéciale (La caméra de Claire), l’autre, en noir et blanc, en compétition (Le jour d’après) : œuvre majeure, donc.


On commence à connaître l’adage : qui n’est pas attentif devant un film de Hong Sang-soo risque de s’y perdre pour de bon. Ses œuvres sont des formules arithmétiques savantes formulées de façon limpide. Des dédales narratifs enserrés dans un cadre aussi minimaliste qu’imperturbable : des personnages, généralement issus du milieu du cinéma, en train de discuter, souvent captés en un plan de profil, et toujours avec un verre de soju à la main. Le dispositif ne varie pas d’un iota dans Le jour d’après. Seule coquetterie formelle : une image en noir et blanc, comme dans The Day He Arrives, laquelle donne d’emblée au 21e film du cinéaste coréen une tonalité plus grave et désenchantée. Autre variation : l’alter-ego de HSS n’est pour une fois pas un réalisateur indépendant, mais un petit éditeur reconnu en tant que critique littéraire.

Mais qu’on se rassure, comme d’habitude, Bongwan a un cœur d’artichaut et un sérieux penchant pour le babil alcoolisé. Cela posé, le film délivre progressivement ses sortilèges. On se demande d’abord pourquoi l’amoureuse de Bongwan change d’interprète d’un plan à l’autre, plus ou moins âgée à chaque fois. L’éditeur a-t-il tant de maîtresses que ça ou bien est-ce la même personne subissant des sauts spatio-temporels ? D’ailleurs, détail bizarre, Bongwan n’a pas de ride dans le cou, remarque sa jolie nouvelle employée Areum. Mais la situation se décante peu à peu, du moins pour nous spectateur.

Tout en se complexifiant pour les personnages. On comprend que Bongwan a aimé passionnément la prédécesseuse d’Areum au poste d’assistante, mais qu’ils se sont séparés. Quand la femme de Bongwan trouve une lettre d’amour dans la librairie, elle soupçonne directement la pauvre Areum. Sur le papier, on est en plein vaudeville. Mais curieusement, les quiproquos et les stratégies amoureuses qui découlent de cette situation cocasse délivrent un tout autre parfum. Celui, amer et mélancolique, de l’homme mis face à sa lâcheté, son refus cynique de s’engager et de croire. Nu et désemparé.