Neuf ans après Entre les murs, Palme d’or 2008, Laurent Cantet confronte Marina Foïs à un ado déboussolé dans un film politique, intelligent et nuancé (Un Certain Regard).


Il aura fallu à Cantet près de dix ans, et des détours par l’Amérique du Nord (Foxfire) et Cuba (Retour à Ithaque), pour reprendre son activité de sismographe de la société française. À la Ciotat, un groupe de jeunes en insertion suit un atelier estival d’écriture de polar, animé par Olivia, romancière reconnue (Marina Foïs, mouvante et émouvante face à d’excellents acteurs en herbe). Un des garçons adopte un discours dont la brutalité nihiliste inquiète de plus en plus Olivia.

À proximité des anciens chantiers navals, vestiges de la fierté ouvrière, l’atelier d’écriture représente une autre forme de travail de construction, périlleux mais stimulant. Et le film lui-même a des allures de superbe chantier, avec ce que ce mot suppose d’humilité et d’ambition. Cantet et son complice en écriture Robin Campillo osent plonger les mains dans le cambouis d’une France fracturée et crispée, marquée par les attentats.

Jamais donneur de leçons, le film donne à voir avec subtilité les contradictions, la grâce et la fragilité des ados comme de l’adulte. Si le film multiplie les régimes d’images (du tuto de muscu au jeu vidéo), il fait surtout l’éloge de la conversation et de la fiction. Beau travail.