Après le sobre et recueilli Frantz, François Ozon s’autorise plus d’extravagance (et c’est dans ce registre qu’on l’aime le plus) dans un drame schizo et vertigineux sur la gémellité, en Compétition à Cannes.


Adaptation très libre de L’Amour en double de Joyce Carol Oates, L’Amant double s’inscrit dans la continuité de certains films de François Ozon (Dans la maison, Jeune et jolie…) en ce qu’il est question de fantasmes qui prennent le pas sur la réalité. Chloé (Marine Vacth, trouble et magnétique) souffre de maux de ventre depuis l’enfance. Les médecins s’accordant à dire qu’elle somatise, elle fait appel à un psy, Paul (Jérémie Renier). Des sentiments naissent entre eux, et ils décident d’abandonner la thérapie et de s’installer ensemble. Mais Paul se livre peu, et Chloé commence à se poser des questions et à projeter beaucoup de choses sur son amant mystérieux. A-t-il une maîtresse ? Pourquoi ne porte-t-il pas le nom inscrit sur son ancien passeport? Alors qu’elle lui découvre soudainement un jumeau qu’il lui avait caché (également psy, et également joué par Renier), elle amorce une relation avec ce dernier pour essayer de percer le mystère…

À partir de là, François Ozon s’en donne à cœur joie dans les retournements et les surprises pour exciter notre imagination. Qui est qui ? Mais dans quel genre de film est-on ? Le cinéaste se plaît à nous balader du drame psychologique au film d’horreur, lorgnant volontiers du côté du David Cronenberg de Faux-semblants (le thème du doppelgänger maléfique, la fascination pour l’organique) ou du Roman Polanski de Rosemary’s Baby (le motif du mal en soi, du voisinage intrusif). Dès lors, le film devient plus mental – et donc plus fou. Le cinéaste rompt avec la retenue de Frantz pour renouer avec l’excentricité de Ricky, son film le plus excessif. Si cette démesure est à double tranchant (quand Ozon tente d’explorer le désir féminin à coups de symboles psychanalytiques surannés – le trou, le miroir cassé, les cheveux coupés –, il ne fait pas dans la finesse…), on apprécie ce retour à une veine plus retorse, plus zinzin – qu’il sillonne avec audace et efficacité.