Après le terrassant White God, le réalisateur hongrois Kornel Mundruczo met à nouveau le cinéma de genre au service d’une allégorie politique. L’Europe vue comme un cauchemar décrépi, à travers les yeux d’un migrant doté de supers-pouvoir. Brouillon mais terriblement ambitieux.


Dès le carton d’introduction, Mundruczo met les choses au clair. Cette lune de Jupiter, qui donne son titre au film, s’appelle Europe. Nous voilà prévenu, tant du sous-texte du récit que du mode opératoire du réalisateur. Mundruczo ne fait pas dans la nuance. Les choses sont dites clairement, frontalement, avec une forme de naïveté à la fois déconcertante et bizarrement revigorante. C’est ce qui fait la beauté étrange de ce film imparfait mais toujours passionnant. Thriller fantastique tendu, conte moral sur fond de crise de foi et brûlot politique sur la montée du fascisme en Europe, La Lune de Jupiter suit le parcours dans une Hongrie crépusculaire d’Aryan, immigré clandestin serbe soudainement doté du pouvoir de léviter.

Dans de magnifiques séquences en apesanteur, le personnage plane tel un ange désolé et regarde littéralement le monde à l’envers. Ce miracle attire la convoitise d’un médecin déchu, bien décidé à en faire commerce. Animé de l’énergie nerveuse du cinéma de genre, le film oscille périlleusement entre constat social (police mafieuse, repli identitaire, conflit de classe), discussion philosophique sur la religion et la morale et de longues scènes d’actions fébriles. Déroutant, parfois casse-gueule mais porté par une telle recherche formelle, une telle envie d’en découdre autant avec le réel qu’avec le cinéma, qu’on reste fasciné par ce film malade d’un monde qui ne tourne pas rond.


La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó (2h03)
Sortie en salles le 1er novembre 2017