Dans le premier long-métrage de Karim Moussaoui, trois récits s’enchâssent pour raconter l’Algérie contemporaine. Un magnétique road-movie politique.


Les personnages d’En attendant les hirondelles sont filmés en mouvement via d’amples travellings, parfois à pied, en voiture souvent. Mais malgré cette mobilité d’apparence fluide et limpide, le cours de leur existence s’avère plus accidenté. Comme grippé. Il y a d’abord Mourad, un promoteur immobilier divorcé, qui perd peu à peu prise sur sa vie bien rangée. De son côté, la jeune Aïcha hésite à céder aux avances de Djalil, alors que son mariage a déjà été « arrangé » avec un autre. Quant à Dahman, son sourire de riche neurologue propre sur lui vient se fissurer lorsque ressurgit son passé trouble, sous les traits d’une femme victime de viol. À travers ce film choral au centre de gravité mouvant, Moussaoui dépeint en creux les maux de son pays. Rien n’est jamais abordé frontalement : pas de grande scène spectaculaire, donc, mais se dégage ici une violence latente, sourde, maintenue en tension par un art précis du contre-pied et de la bifurcation. Une révélation.