À travers l’histoire d’une famille pas comme les autres qui baigne autant dans la tendresse que dans l’illégalité, Hirokazu Kore-eda fait coexister différents pôles de son cinéma. Entre discours social rageur, subtilité narrative et torrents d’émotion, la Palme d’or 2018 s’impose comme un grand film sentimental et politique qui redéfinit la question des liens familiaux dans un monde plus précaire que jamais.


Le cinéma du très prolifique Hirokazu Kore-eda (il a réalisé huit longs métrages de fiction ces dix dernières années) s’est vu accoler au fil du temps un certain nombre de qualificatifs : « sensibilité », « retenue », « pudeur », « délicatesse »… Des mots qui feraient presque oublier la puissante émotion que provoquent régulièrement les films du cinéaste japonais, ou encore la colère sociale qui animait par exemple Nobody Knows, en 2004, dans lequel quatre frères et sœurs abandonnés se retrouvaient livrés à eux-mêmes. Au début d’Une affaire de famille, on croise également une petite fille délaissée et maltraitée, à la différence que celle-ci est recueillie en pleine rue par une drôle de famille qui décide de l’héberger généreusement dans son foyer. Au cœur de ce logis fait de bric et de broc, la fillette découvre une solidarité et un sens de la débrouille qui lient indéfectiblement ces laissés-pour-compte. Vol à l’étalage, fraude à l’assurance et autres activités illégales constituent le quotidien de cette tribu faite d’un père chapardeur, d’une mère blanchisseuse, d’un fils qui sèche l’école, d’une fille qui travaille dans un peep-show et d’une grand-mère arnaqueuse.

Si la fantaisie et la chaleur humaine de cette communauté aussi amorale qu’attachante évoquent des fables comme La vie est belle de Frank Capra (1948), la grande force du film de Kore-eda est de faire vaciller en cours de route le tendre édifice patiemment construit. Les transgressions répétées plongent soudain les personnages dans la tourmente, et la dernière partie du film, en dévoilant au grand jour les secrets du groupe, éclaire d’une lumière nouvelle la fragile harmonie à laquelle le spectateur s’était habitué. En troquant l’intimité cotonneuse du début pour une tonalité de thriller judiciaire et une charge frontale contre le modèle social japonais, tenu responsable de brutales injustices, Kore-eda signe une œuvre foncièrement politique, subtile et engagée, qui touche au cœur.


de Hirokazu Kore-eda
Le Pacte (2 h 01)
Sortie le 12 décembre