À l’heure où l’on écrit ces lignes, personne n’a vu Le Réveil de la Force, septième épisode de la saga Star Wars. Entre archéologie du mythe et passage de flambeau, retour sur les enjeux de ce revival confié à J. J. Abrams.


Le programme est dans le titre : Le Réveil de la Force semble en quête de l’émerveillement primitif qui, avec le premier Star Wars (Un nouvel espoir, 1977), fit basculer Hollywood dans une ère nouvelle du divertissement. Si l’intrigue de ce nouveau volet est tenue secrète, on sait tout de même déjà, quelques semaines avant la sortie du film, qu’il tirera de l’oubli les vieilles reliques de la saga – Luke (Mark Hamill), Leia (Carrie Fisher) et Han Solo (Harrison Ford) sont de la partie – pour transférer leur énergie dans les mains de jeunes pousses. C’est apparemment à Han Solo que revient l’honneur de jeter un pont entre les générations : la dernière bande-annonce le présente comme garant du souvenir des combats d’antan (« Le côté obscur… les Jedi… ils existent », l’entend-on dire) et guide des nouveaux héros, Rey (Daisy Ridley) et Finn (John Boyega). Un statut qui, à vrai dire, n’est pas de très bon augure pour lui, puisque chaque trilogie a fait périr son mentor dès le premier épisode… Mais dans Star Wars, on ne disparaît que pour renaître, et on ne renaît que pour passer le flambeau. Un programme qui coïncide avec une belle habitude du cinéma d’Abrams, qui n’a jamais cessé de lancer ses films sur les rails du deuil. Chez lui, chaque histoire est celle d’une génération qui éclaire la suivante mais disparaît trop vite, laissant aux orphelins la charge de raviver la flamme. Dans les quatre films qu’il a réalisés, il s’est toujours frotté à un imaginaire préexistant, de Mission: Impossible 3 (2006) à Star Trek (2009) et Star Trek. Into darkness (2013) ; même Super 8 (2011) ne faisait pas mystère de son modèle, en s’aventurant sans complexe sur les plates-bandes d’E.T. L’extra-terrestre. Sa mission pour ce revival de Star Wars ? D’un côté, redonner à la carrosserie sa couleur particulière, retrouver le bruit d’origine du moteur ; de l’autre, en améliorer discrètement la mécanique, afin de l’adapter à une conduite plus moderne. Mais il faut ainsi voir dans ce Réveil de la Force une façon pour le cinéaste de préparer à son tour la transmission à la jeune garde de Hollywood, à qui seront confiées les clés des films suivants : Rian Johnson (Looper) pour l’épisode 8, Colin Trevorrow (Jurassic World) pour l’épisode 9, Gareth Edwards (Godzilla) pour Rogue One, le premier spin-off de la saga.


 Star Wars. Le réveil de la Force
de J. J. Abrams (2h16)
avec Daisy Ridley, John Boyega…
sortie le 16 décembre