Dans Paranoïa, Steven Soderbergh met en scène la psychose engendrée chez une jeune femme par un stalker qui la harcèle, notamment, via son smartphone. Générateur de suspense ou véritable machine de mort : 
le téléphone dans tous ses états.


Harcelée par SMS, Claire Foy tremble au fond de son lit. Après la brillante minisérie Mosaic (2018), thriller old school accompagné d’une application permettant d’entrer dans le récit et d’enquêter sur le crime d’Olivia Lake (Sharon Stone), Steven Soderbergh poursuit ses expérimentations téléphoniques et signe son premier film tourné à l’iPhone. Générateur d’angoisses multiples, le smartphone noie le personnage et le spectateur dans un labyrinthe de faux-semblants.

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On trouve chez Alfred Hitchcock la représentation la plus frontale de l’appareil téléphonique comme matrice de suspense. Dans Le crime était presque parfait (1955), le simple fait de composer un numéro suffit pour tuer. Un homme engage un assassin pour se débarrasser de sa femme. Celui-ci l’étranglera quand elle se lèvera pour répondre à un appel, passé par le mari depuis une cabine. Ce dernier assiste au meurtre à distance, via le combiné : son attention aux bruits et son propre silence créent une intenable dilatation du temps. Le coup de fil se meut en outil de strangulation.

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Dans Boulevard de la mort (2007) de Quentin Tarantino, l’irruption du Nokia vient perturber la reconstitution seventies. Jungle Julia se retrouve brutalement isolée et tente en vain de contacter son amant, submergée par le thème de « Sally & Jack » composé par Pino Donaggio pour Blow Out de Brian De Palma (1982). Le message, parti, n’aura jamais de réponse. Les filles mourront quelques minutes plus tard, déchiquetées dans un crash de voiture. Avec ou sans fil, le téléphone tire les ficelles du récit.


: « Paranoïa » de Steven Soderbergh
20th Century Fox (1 h 38)
Sortie le 11 juillet