Cette semaine, TROISCOULEURS vous recommande trois films. Un thriller médical à la Erin Brockovich, un western intense en Jordanie, et un film sur une plage bien particulière.


LA FILLE DE BREST

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C’est Catherine Deneuve qui a soufflé à la réalisatrice Emmanuelle Bercot l’idée d’aller chercher la Danoise Sidse Babett Knudsen pour incarner la pneumologue Irène Frachon dans son thriller médical sur l’affaire du Mediator. Un conseil clairvoyant. Révélée par la série Borgen et César de la meilleure actrice dans un second rôle pour L’Hermine de Christian Vincent en 2015, Knudsen, électrique, fougueuse et emportée, est l’interprète idéale pour raconter le combat de la teigneuse fille de Brest afin d’obtenir l’interdiction de l’antidiabétique, responsable de la mort de plusieurs centaines de personnes depuis sa commercialisation en 1976, et de faire condamner le laboratoire Servier. Grâce à son actrice, Bercot parvient à insuffler des moments de légèreté, de la surprise et une sensibilité essentielles à ce dossier bourré de statistiques, de réunions mornes et de tableurs cafardeux. Ce faisant, la réalisatrice de La Tête haute déroule un film parfois mécanique mais efficace et redoutablement humain, à mi-chemin entre Erin Brockovich. Seule contre tous de Steven Soderbergh et Spotlight de Tom McCarthy. A.C.

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L’ULTIMA SPAGGIA

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Au milieu d’une plage de Trieste, au nord-est de l’Italie, s’élève un grand mur blanc qui sépare les hommes des femmes. C’est l’une des dernières plages de ce genre en Europe, sinon la dernière. Et l’occasion, pour Thanos Anastopoulos et Davide Del Degan, de réaliser une charmante tragi-comédie sur les identités, les frontières et l’Europe vieillissante. Le duo de documentaristes gréco-italien n’hésite pas à faire durer les scènes de vie, s’éternisant sur des détails, preuve aussi bien de leur attachement pour ces baigneurs anonymes que de leur volonté de filmer le farniente. Ici, les plagistes jouent aux cartes, se font raser la barbe et se chamaillent pour une chaise en plastique. Avec leurs corps défraîchis, leurs fêlures et leurs souvenirs qu’ils remâchent en boucle. Sans jamais aborder directement la question des migrants, les réalisateurs parviennent à soulever un malaise : en voyant ceux qui s’occupent avec oisiveté sur cette « dernière plage » et qui se baignent pour le plaisir, difficile de ne pas songer à ceux qui se noient dans les mêmes eaux, un peu plus loin. A.C.

THEEB. LA NAISSANCE D’UN CHEF

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Récompensé à la Mostra de Venise en 2014 et nommé à l’Oscar du meilleur film étranger en 2016, le premier long métrage du Jordanien Naji Abu Nowar est un western intense et maîtrisé. Un officier britannique s’invite dans un camp de Bédouins. Il a besoin de leur aide pour trouver un puits, au milieu d’un désert truffé de révolutionnaires et de bandits. Le décor sud-jordanien de Theeb évoque immanquablement Lawrence d’Arabie : c’est aussi dans ces majestueux paysages que David Lean a tourné, il y a plus d’un demi-siècle, une partie de son chef-d’oeuvre. Si le contexte historique est similaire – on est en pleine Première Guerre mondiale, au moment de la chute de l’empire Ottoman, contre lequel les Bédouins vont se révolter –, on n’en perçoit ici que des éléments parcellaires. C’est la bonne idée du film : son point de vue est celui d’un nomade de 10 ans ignorant tout des enjeux géopolitiques. D’où un récit initiatique viscéral, proche du survival, doublé d’une quête du père lorgnant vers le mythe oedipien. Le tout dans un écrin de western mis en tension par une réalisation élégante, au classicisme épuré. Belle découverte. E.V.