En deuil depuis la disparition tragique de leur héros à la fin du Réveil de la Force, les fans de Han Solo vont enfin pourvoir sécher leurs larmes.


Deuxième Star Wars Story (appellation donnée à ces projets autonomes que Disney intercalera désormais entre chaque nouvel épisode de la saga-mère) après un Rogue One mi-figue mi-raisin, ce spin off centré sur la jeunesse du célèbre contrebandier devrait susciter des réactions contradictoires. Il y aura d’un côté les déçus, navrés de voir le personnage le plus charismatique de la franchise être transformé en galérien de bas-étage, en quête des attributs qui feront son identité mythologique. Et d’autres, au contraire, tranquillement satisfaits par ce programme d’accessoirisation sans prétention, qui reconvertit le film en espèce de chasse aux trésors fétichiste : trouver à ce héros encore vierge son nom, son gun, son ami, son rival, son vaisseau…

D’où un film balisé de bout en bout par les impératifs du fan service, et avant tout soucieux de faire bonne figure face aux poids lourds de la nouvelle trilogie : d’abord confiées au tandem irrévérencieux Lord & Miller (coupable selon les rumeurs d’avoir fait dérailler le film vers le burlesque nawak), les manettes de ce Solo ont finalement été refilées en cours de route aux mains du vieux briscard Ron Howard, habitué à dire « oui » à tout et à filer droit. Un revirement paradoxal pour illustrer les premiers pas du good guy le plus indiscipliné de la galaxie, qui sous les minauderies libertaires semble déjà chercher à s’acheter une bonne conduite. Balancée sur des milliers d’écrans sans tambour ni trompette, cette Star Wars Story a certes revu ses ambitions à la baisse mais semble avoir survécu à toutes ses compromissions industrielles pour s’offrir comme un divertissement léger, sémillant, enlevé, aussi loin du chef-d’œuvre que de la catastrophe annoncée.


De Ron Howard
The Walt Disney Company France (2h15)
Sortie le 23 mai