Rares sont les musiciens aussi drôles et imprévisibles que Chilly Gonzales. Philipp Jedicke tente de percer la coquille du showman canadien dans un portrait documentaire plein de malice


« Si vous êtes fans de ma musique, apprenez aussi à me détester. » Ainsi se présente Chilly Gonzales au début de Shut Up and Play the Piano, face caméra, dans un fringant costume rose. En quelques secondes, son visage avenant de dandy gominé s’est mué en celui d’un caricatural vilain ricanant. Les initiés le savent : Jason Beck, alias Chilly Gonzales, ne peut s’empêcher de faire le clown. Plus qu’un musicien surdoué – ce qu’il est à n’en point douter, aussi à l’aise lorsqu’il revisite la musique classique que lorsqu’il collabore avec des pop stars comme Daft Punk –, Gonzo est un entertainer. Qui d’autre que lui ose se jeter sur le public guindé d’une salle philharmonique pour « crowdsurfer » ? S’il faut en passer par le ridicule pour arriver à captiver l’auditoire, alors le Canadien s’y prête de bon cœur, au risque de l’imposture : cette tension entre grand art et désamorçage bouffon innerve toute sa carrière. On la retrouve logiquement dans ce plaisant documentaire qui amalgame clips, films et archives de concerts de façon chronologique (de performances punk-rap au succès de Solo Piano), tandis que Gonzo se raconte à l’écrivaine allemande Sibylle Berg. Plus roublard que jamais.


de Philipp Jedicke
Rouge (1 h 22)
Sortie 3 octobre