En officialisant son idylle avec son actrice fétiche, Kim Min-hee, de vingt-quatre ans sa cadette, Hong Sang-soo n’ignorait pas quel trouble miroir cette histoire allait tendre à sa filmographie, majoritairement faite de rencontres amoureuses entre cinéastes et étudiantes, hommes d’un certain âge et jeunes femmes inconstantes. Pygmalion et Galatée: on connaît le refrain – souvent lourdingue – du créateur incapable de résister au charme de sa créature. Or, loin de traiter ce poncif sur un mode enfiévré, l’auteur d’Un jour avec, un jour sans (avec Kim Min-hee, déjà) s’est toujours employé à décharner ce canevas de tout son romanesque enjôleur. Le désir est chez lui un sentiment lâche et injustifiable, une force invisible qui désoriente les âmes et dérègle les comportements, jusqu’à progressivement faire vaciller la réalité. Entre mise en abyme et autofiction, construction labyrinthique et bouffées délirantes (on est souvent saouls chez Hong Sang-soo), Seule sur la plage la nuit confirme ainsi la pente discrètement lynchéenne empruntée par le cinéaste, dont chaque film semble rebattre les cartes des précédents pour mieux en brouiller les pistes.


de Hong Sang-soo Capricci Films /
Les Bookmakers (1 h 41) Sortie le 10 janvier