En 1969, après plusieurs années de froid, Blake Edwards fait de nouveau appel à celui qui deviendra son acteur fétiche, Peter Sellers (le comédien incarne l’inspecteur Clouseau dans la série de La Panthère rose). Nouvel essai concluant pour les deux hommes, qui allient ici leurs forces comiques : le premier manie avec raffinement et ironie la mise en scène ; le second nous abreuve en improvisations loufoques. Dans le film, un acteur indien raté qui vient de se faire virer d’un tournage est par erreur invité dans la demeure ultra moderne d’un producteur. Bourdes après bourdes, il y démasque l’hypocrisie du milieu hollywoodien. Dans une séquence magistrale, le bon à rien, l’étranger indésirable, se mue malgré lui en Dieu tout-puissant, responsable, sans même s’en rendre compte, de l’effondrement de ce petit monde, ridiculisé. Soudain, le touche-à-tout cesse de déambuler dans la villa remplie de gadgets. Dans des jeux d’ombres, sa silhouette se projette sur le papier peint, un peu à la manière d’un sombre personnage hitchcockien s’apprêtant à commettre le mal : fasciné par un mystérieux tableau d’interrupteurs, à l’écart du salon où les convives sirotent des cocktails, il commence à les enclencher un par un. La musique suave et jazzy du compositeur Henry Mancini, qui filait dans une ambiance cosy en fond sonore, vient tout juste de s’arrêter, et le comédien maladroit, singeant un perroquet, baragouine dans un micro qu’il a enclenché par inadvertance : « Num-num. Num-num. Birdie num-num. ». Un plan nous montre alors la mine interloquée puis apeurée des invités. La réplique sonne (à raison) comme celle d’un oiseau de mauvais augure : ce n’est que le début d’une série de petites catastrophes.


de Blake Edwards
Splendor Films (1 h 39)
Ressortie le 18 juillet