Interdite en France aux moins de 16 ans, cette adaptation de l’œuvre du marquis de Sade par Pier Paolo Pasolini est une critique frontale de l’exercice absolu du pouvoir, qui prend la forme d’un exposé sans espoir. Salò… ressort en salles, aussi important qu’insoutenable. À l’image de cette séquence où les postérieurs de jeunes adolescents sont passés en revue.


« Imbécile, comment as-tu pu croire que nous allions te tuer ? »

Une fois de plus, le palais est le théâtre d’un jeu dégueulasse, animé par les fantasmes immondes de quatre notables dans les derniers jours de la république mussolinienne de Salò. Une vingtaine d’adolescents, achetés ou kidnappés, constituent un catalogue de corps déshumanisés dans lequel piochent les quatre affreux, afin de nourrir des scénarios de torture thématisés. Après le « cercle des passions », avant le « cercle du sang », voici le « cercle de la merde ». Si le début de cette partie interroge le choix de Pasolini de tout montrer, à l’extrême limite de la pornographie, sa fin, tout en étant aussi crue, prend enfin une ampleur critique construite, avec cette métaphore de la dimension esclavagiste de la société de consommation. C’est donc un étal de fesses anonymes, réduites à l’état d’objets par la pénombre et le positionnement à raz du sol de la caméra. Une lampe torche balaie les fesses. La récompense du propriétaire du « plus beau cul » ? La mort. En opposition à la large composition de chairs entassées, des gros plans sur les notables, émoustillés par le risque de choisir l’un de leurs préférés. C’est le cas. On presse un pistolet sur sa tempe. Dans son regard, saisit en longueur, on lit la peur de la mort et le soulagement de la libération. Feu. Mais le pistolet n’est pas chargé. C’était pour rire.